Croisière 2026 Seule autour du monde
Quand une excursion s’annule, il reste deux choix : subir… ou inventer la suite
27 au 29 janvier 2026 – en mer
Cette première journée en mer s’annonce chaotique lorsque je découvre, dans un message glissé sous ma porte, que mon excursion MSC à Puerto Vallarta est annulée… Il y avait déjà eu Hilo, et maintenant le Mexique. Sur le moment, je suis énervée, puis je décide finalement de m organiser une visite de la ville seule…. Toujours le même objectif : trouver du positif dans le négatif. La journée se déroule calmement, entre sport, conférence et bain de soleil, lorsque Michel vient me retrouver pour me proposer de l’accompagner à un cocktail « Diamant ». Cet événement s’adresse aux personnes ayant effectué plusieurs croisières. Mon amie Lyrie y avait accès… moi, je suis encore « Gold ». L’objectif de cette manifestation est de présenter les futures croisières, avec une ristourne pour les premiers inscrits : une façon à la fois d’engager et de remercier la fidélité des croisiéristes.
Pour l’occasion, et afin de faire honneur à mon hôte, je revêts une magnifique robe or et rouge un choix parfait puisque la soirée, organisée sur le pont en fin de journée, est placée sous le signe de la dolce vita. Nous sommes accueillis par le personnel avec une coupe de prosecco, puis nous prenons place dans un amphithéâtre gigantesque. Je suis étonnée par le nombre impressionnant de membres « Diamant ». En discutant avec Michel, j’apprends que certains croisiéristes font un tour du monde chaque année. Il a même croisé des personnes qui en étaient à leur septième tour du monde… waouh. Même si les mots sont bien choisis et la présentation très élaborée, je ne me sens pas prête à retenir une croisière pour 2027. Même si l’offre est alléchante. Moi, j’ai plutôt envie de rêver à une croisière au Groenland pour 2028… et pourquoi pas avec Le Ponant ? Alors j’écoute, je découvre, mais l’envie, pour l’instant, n’est pas encore là.
Depuis que je suis sur ce bateau, rien ne se déroule comme prévu. Chaque jour apporte son lot de surprises, parfois agréables, parfois déstabilisantes. Ce soir-là, pourtant, tout semblait parfaitement cadré : me rendre à un cocktail chic, un dîner au restaurant, puis une fin de soirée dolce vita. J’avais donc choisi la tenue en conséquence. Une robe élégante, des escarpins dorés de dix centimètres la tenue d’une femme qui s’inscrit dans le programme annoncé. Mais, une fois encore, rien ne se passa comme prévu. Le cocktail à peine terminé, je me rends directement au restaurant pour le dîner… et me retrouve de nouveau seule à table. Seule. Oups. Un message oublié de Claire, la Canadienne : ils ont finalement décidé de dîner au buffet du 13ᵉ. Nappes blanches, soirée Costa Rica à l’honneur. Trop tard. Me voilà donc dirigée vers le buffet du 13ᵉ, dans une tenue qui n’était clairement pas pensée pour cet endroit. Car le problème n’était pas l’élégance en soi, mais le lieu.
Au buffet, les codes sont autres : tenues sportwear, décontractées, pratiques, presque anonymes. On y vient pour manger, pas pour être vue. D’ailleurs, sincèrement, depuis le début de la croisière, je n’ai aperçu qu’une seule femme réellement classe dans cet espace. Et moi, j’arrive là, seule, en robe habillée. Avec mes talons, je mesure 1m85. Je dépasse. Je prends de la place. Je ne peux pas me fondre dans le décor, même si je le voulais. La tenue n’est pas inappropriée en soi elle est simplement hors contexte. Trop chic pour un lieu qui valorise l’effacement. Les regards commencent. Ils glissent, s’attardent, jugent. Ce ne sont pas des regards curieux, mais des regards chargés. Une jalousie sourde, parfois haineuse, qui ne vise pas une robe, mais ce qu’elle incarne. Ce ne sont plus des fusils braqués, ce sont des mitraillettes. À cet instant précis, je suis la femme à abattre. C’est une souffrance que je connais. Une exposition permanente que je maîtrise par moments… et qui, à d’autres, me traverse de plein fouet. Ce soir-là, je la tiens droite, comme mes épaules. Silencieuse, mais bien réelle. C’est encore seul que je me rends à l’amphithéâtre pour assister à la prestation d’un ventriloque. J’y retrouve un couple de Français, connus depuis 2025, qui me confirme que oui… ce ventriloque, c’est du déjà-vu.
L’idée de rentrer directement à ma cabine me traverse l’esprit. Me retirer. Me poser. Et puis je pense à la soirée dolce vita qui m’attend plus tard sur le pont 13. Alors je reste. Pas par enthousiasme débordant, mais par curiosité. Par fidélité à ce programme que je m’étais promis de vivre jusqu’au bout. Et peut-être aussi parce que, malgré tout, j’ai encore envie de laisser une chance à cette soirée de me surprendre. Michel étant encore à son dîner et sans nouvelles de mes deux couples québécois ni des autres Français, je décide finalement de me rendre seule sur le pont 13. La soirée dolce vita bat son plein. Les décorations multicolores illuminent l’espace, et le buffet est absolument exceptionnel : fruits découpés avec soin, mets à base de crèmes, entremets variés… Tout est tentant, presque excessif. Pourtant, je ne craque pas. Je préfère immortaliser l’instant en vidéo. Je fais quelques pas de danse avec une amie montpelliéraine, mais très vite… la fatigue se fait sentir. Eh oui, dix centimètres de talons, ça se paye. Michel n’arrivant toujours pas, je préfère finalement rejoindre ma cabine. Après cette soirée, une évidence s’impose à moi : sur ce type de bateau, il existe une règle non écrite. Sois conforme, et tout ira bien. Sois discrète, accompagnée, dans la norme, et personne ne te verra. Mais dès que tu sors de ce cadre seule, bien habillée, grande, assumée tu deviens immédiatement visible. Et cette visibilité dérange. All the best.
En ce deuxième jour en mer, la nuit a effacé les mœurs de la veille. C’est donc le cœur léger que j’arrive au petit déjeuner, d’autant plus que le soleil éclaire la passerelle, même si le vent y souffle fort. Malgré cela, je décide de m’engager dans une marche et de viser les 10 000 pas avant la fin de la journée mon objectif. Conférence sur San Diego, animée par Massimo un rendez-vous que je ne raterais pour rien au monde. D’autant plus qu’il doit nous donner de précieuses indications concernant l’arrivée sur le sol américain. Rien que le nom fait déjà voyager : San Diego, la lumière californienne, l’océan Pacifique, les palmiers, cette promesse d’Ouest et de liberté. Je m’installe, attentive, laissant mon esprit devancer le bateau. J’imagine déjà les quais, l’air différent, cette sensation particulière de poser le pied sur le sol américain après des jours en mer. Puis vient le déjeuner au restaurant avec Michel.
J’y vais rarement à midi, je préfère généralement quelque chose de plus simple, mais cette fois-ci, cela lui fait plaisir. Alors j’accepte. Parce que le voyage, aussi, se vit dans ces petits moments partagés, entre deux horizons. Depuis plusieurs jours, j’avais perdu le pivot d’une dent, ce qui laissait un trou béant sur le côté droit. Cela me gênait énormément, non pas pour manger, mais surtout lorsque j’enregistrais mes vidéos ou que je prenais des photos. Je pensais faire recoller cette dent par mon dentiste à mon retour en France, mais…J’en avais parlé à mon fils, qui me conseillait de me faire soigner au Mexique. Eh oui, j’en avais déjà entendu parler : beaucoup d’Américains traversent la frontière pour y recevoir des soins dentaires. Et puis, dans mon cas, il ne s’agissait que de la recoller. Sachant que nous serions à Puerto Vallarta deux jours plus tard, et étant donné que mon excursion avait été annulée par MSC, j’ai décidé de prendre rendez-vous par l’intermédiaire de la réception. Quelques minutes auparavant, j’avais d’ailleurs passé en revue les cliniques dentaires de Puerto Vallarta… grâce à ChatGPT.
À mon arrivée à la réception, je demandai à parler à une hôtesse parlant à la fois français et espagnol. Mon souhait était simple : qu’elle appelle la clinique dentaire afin de prendre rendez-vous pour le 30 janvier à Puerto Vallarta. Mais impossible d’utiliser le téléphone de MSC. Je tendis donc le mien. L’hôtesse française, ne parlant pas espagnol, fit appel à sa responsable. J’insistais longuement avant d’obtenir une réponse. L’agenda de la clinique était complet… mais, si je me présentais à 9 h pile, ils accepteraient de me glisser entre deux rendez-vous. Rien d’écrit. Aucune confirmation. Juste une promesse orale. Autant dire que je n’étais pas vraiment rassurée. L’idée de ce rendez-vous improvisé, dans un pays que je ne connaissais pas, me laissait un léger nœud à l’estomac. Pourtant, je quittai le desk, décidée à ne pas laisser cette inquiétude gâcher la douceur du moment, et allai profiter encore un peu du soleil doré de la fin d’après-midi. La soirée, elle, se déroula dans une atmosphère beaucoup plus légère. Entre le dîner au restaurant et le spectacle à l’amphithéâtre Musica in Maschera – Estrellas Latinas le temps semblait suspendu. J’embarquai même avec moi un des couples canadiens : Edwige et son mari. Les voix des chanteurs, la richesse des instruments, l’énergie de la scène… tout invitait à la détente et au voyage. Ce fut un vrai moment de respiration, comme une parenthèse enchantée loin de mes doutes du lendemain. À la sortie, je croisai Anya, qui me proposa de prolonger la fête sur les titres d’ABBA. J’ai décliné, préférant rester à discuter avec Edwige. Nous parlions d’horizons lointains, de mon envie peut-être un peu folle de m’engager sur une croisière MSC en 2028, mais seulement sur un tronçon. Au fil de la conversation défilaient des noms qui faisaient rêver : l’Inde, le Pérou, Nouméa… tant de pays inconnus que j’aurais aimé découvrir, tant de promesses d’ailleurs. Je passai finalement au desk des nouvelles croisières MSC, pleine d’espoir.
La réponse fut nette : oui pour 2027 par tronçons, mais pas pour 2028. Je quittai le desk un peu déçu, souhaitai une bonne nuit à mes amis, et rejoignis ma cabine, partagée entre les rêves de destinations lointaines… et l’appréhension du rendez-vous dentaire qui s’avérait être proche.
En cette dernière journée en mer, il faut bien l’avouer, la perspective de ce rendez-vous non confirmé avait quelque peu perturbé mon sommeil. L’idée trottait encore dans ma tête au réveil, comme un léger nuage dans un ciel pourtant bleu. Après le petit-déjeuner, puis un passage à l’ONYX pour laisser l’empreinte de ma carte de croisiériste en vue de San Diego, et la conférence de Massimo sur « Frida ». Je décidai de repasser par le desk de la réception, avec l’espoir d’y trouver enfin une réponse claire… ou au moins un peu de réassurance. De retour au desk de la réception, je pensais cette fois pouvoir clarifier la situation. J’avais tout préparé : le texte de ma demande, soigneusement rédigé en français puis traduit en espagnol. Mon objectif était simple : confirmer un rendez-vous médical fixé oralement pour le lendemain matin à 9 h. Je demandai donc à parler à une hôtesse parlant à la fois français et espagnol. On m’en présenta une. Rassurée, je lui expliquai ma situation. La réponse me surprit immédiatement : on allait me passer le téléphone de MSC… mais c’était à moi d’appeler la clinique. Je restai un instant « interdite ». Appeler moi-même une clinique dentaire mexicaine, dans un pays où je ne parle pas la langue, pour confirmer un rendez-vous médical ? Je tentai d’expliquer que je ne parlais pas espagnol, et que la veille, une personne de la réception m’avait pourtant aidée.
La réponse fut catégorique : « Ce n’est pas possible, madame. Nous n’avons pas le droit de faire ce type d’appel. ». À ce moment-là, je me sentis franchement démunie. Il ne s’agissait pas d’un rendez-vous anodin, ni d’une réservation touristique ou d’un achat quelconque. C’était un rendez-vous médical, important pour moi, et source d’inquiétude depuis la veille. On me demanda alors de reformuler ma demande en anglais. L’hôtesse composa le numéro avec le téléphone de MSC, puis me tendit l’appareil. J’expliquai comme je pus, en anglais, la raison de mon appel et ma demande de confirmation. Heureusement, la clinique confirma finalement le rendez-vous pour le lendemain matin à 9 h. Sur le moment, j’ai surtout ressenti du soulagement.
Mais avec le recul, une question demeurait : sur un bateau classé quatre étoiles, avec une clientèle internationale, n’aurait-on pas pu s’attendre à un accompagnement un peu plus humain face à une situation médicale ? Je ne demandais pas un privilège. Simplement un peu d’aide… au bon moment. J’étais tellement énervée que j’en avais perdu mon badge. Il fallut donc repasser une nouvelle fois au desk de la réception pour en faire refaire un autre… comme si la matinée n’avait pas déjà été assez éprouvante. Pour tenter de me calmer, je décidai d’enregistrer une vidéo destinée à mes internautes. Mettre des mots sur ce que je vivais m’aida à faire redescendre la pression. Puis vint le déjeuner : une salade fraîche, un peu de papaye, des saveurs simples et légères qui faisaient du bien. Enfin, je pouvais m’allonger et profiter pleinement de mon bain de soleil. À cet instant, la mer, la chaleur et le calme reprenaient doucement leurs droits, et je sentais la sérénité revenir, minute après minute. Avant de me rendre au dîner, je décidai de passer par le desk des excursions pour réserver « Les baleines en vue » pour notre premier jour à San Diego. Je n’avais pas vraiment envie de rester sur le bateau : nous avions déjà passé tant de jours en mer. Ce qui est drôle, c’est que le tout premier sujet que nous abordâmes au dîner, avec mes deux couples québécois, fut justement celui-là… combien de jours serions-nous en mer sur les 133 jours de croisière ?
La réponse nous surprit tous : 79 jours. C’est énorme… presque vertigineux. Puis la conversation glissa vers ma visite chez le dentiste prévue le lendemain. J’étais émue d’entendre Claire me dire : « Si je n’avais pas eu d’excursion, je t’aurais accompagnée… » Une phrase simple, mais une si belle preuve d’amitié. En fin de soirée, chacun vaqua à ses activités. De mon côté, je me rendis au spectacle. Que de magnifiques reprises de chanteurs connus… des costumes exceptionnels, sans même parler des danseurs, éclatants de grâce et d’énergie. Je rejoignis finalement ma cabine, les yeux remplis d’étoiles, le cœur léger, encore bercée par la magie de la soirée
30 janvier 2026 – Puerto Vallarta – Mexique
Cette matinée était si importante à mes yeux que j’y avais pensé dès le réveil. Eh oui, à 9 h précises, on devait me refixer ma dent… enfin, mon pivot. C’était la première fois que je me retrouvais seule dans une ville que je ne connaissais pas. Une petite appréhension flottait, discrète mais bien présente. Par chance, j’avais accès à Internet à l’extérieur, ce qui rendait les choses beaucoup plus simples, notamment pour commander les Ubers jusqu’à la clinique. Je vous rassure, tout se passa très bien. Au-delà de l’accueil chaleureux, je rencontrai une dentiste plus que professionnelle, douce et rassurante. Je repartis le sourire aux lèvres, soulagée et confiante. Entre le professionnalisme et le prix, je décidai même de leur faire un peu de publicité quand les bonnes expériences méritent d’être partagées. Après quelques emplettes, je décidai de flâner dans cette très belle ville à la recherche de quelques monuments. Puerto Vallarta se dévoilait peu à peu, généreuse et lumineuse, au fil de mes pas. Je passai devant un magnifique clocher, élancé vers le ciel, qui semblait veiller sur la ville avec élégance et sérénité. Un peu plus loin, je m’arrêtai devant la gravure de Puerto Vallarta, comme une signature fièrement inscrite dans la pierre, rappelant l’identité et l’histoire du lieu. Mon regard fut ensuite attiré par une statue représentant un dauphin, symbole de liberté et de lien avec l’océan. Elle apportait une touche de poésie et de fraîcheur à cette promenade déjà si agréable. Je poursuivis ma balade jusqu’à la marina, où le calme de l’eau contrastait avec l’animation douce des alentours. Les bateaux bercés par les vagues, la lumière qui se reflétait sur la mer, tout invitait à la contemplation. Je marchais sans hâte, portée par cette atmosphère paisible, savourant chaque instant de cette découverte, comme un cadeau offert par Puerto Vallarta. Il était 13 heures.
Sachant que le bateau quittait le quai à 17 h, d’un côté je me disais : tu as encore un peu de temps, profite. Et de l’autre : ce serait peut-être plus prudent de rentrer, on ne sait jamais. Et sur ce point… j’avais raison. Je suis de celles qui aiment anticiper. Je décidai donc de prendre un Uber depuis la marina. Au début, l’application m’annonçait 15 minutes d’attente… puis 20. J’annulai et en commandai un autre. Même scénario. Aucun ne venait. L’inquiétude commença doucement à s’installer : comment vais-je faire ? D’autant plus que je n’avais pas de baskets, et qu’une longue marche ne semblait pas être une option envisageable. C’est alors que je rencontrai une dame âgée, bienveillante, qui me dit : « Ne vous inquiétez pas, allez jusqu’au Starbucks, là-bas vous trouverez beaucoup de taxis. » Je lui expliquai que je devais rejoindre le port. Elle fronça les sourcils :« Aujourd’hui, ça risque d’être compliqué… tout est bloqué. Je comprends mieux pourquoi les Uber ne répondent pas. ». Effectivement. Je tentai avec un premier taxi, conduit par un chauffeur âgé. Refus catégorique : impossible d’accéder au port. Un second taxi, même réponse.
Puis j’aperçus un troisième taxi, avec un jeune chauffeur, visiblement dynamique. Je montai à l’avant, déterminée, et lui expliquai :« Il faut absolument que je rejoigne le départ des croisières. Mon bateau m’attend. ». Il m’expliqua, dans un excellent anglais, que tout était bloqué à cause des manifestations, que la circulation était impossible. Alors, un peu audacieuse, je lui proposai un marché :« Vous êtes jeune, je vois que vous êtes débrouillard. Je vous propose 40 dollars, et vous trouvez une solution pour m’y emmener. » Il réfléchit… puis sourit. « D’accord. Vous sortez de la clinique dentaire, c’est ça ? Allongez-vous à l’arrière, sur la banquette… et on va tenter de passer les deux barrages. »
Et croyez-moi ou non… ça a marché. Nous avons franchi les deux barrages sans encombre. Je me suis retrouvée à traverser seule, en voiture, des zones entièrement bloquées par les manifestations, là où aucune autre voiture ne circulait. Une scène presque irréelle. J’arrivai finalement, tranquillement à 14 heures, au bateau soulagée, presque fière de cette petite aventure improvisée. Bien sûr, je ne pouvais pas manger… mais un serveur que je connais bien m’accueillit avec gentillesse et me prépara un grand bol de fromage blanc. Tout finit toujours par s’arranger… surtout quand on garde son calme et qu’on fait confiance aux rencontres. Je profite encore des derniers rayons de soleil, un bon livre entre les mains. Pas de sport aujourd’hui : cette journée m’a épuisée… 12 000 pas tout de même. Puis vient le moment de retrouver mes amis canadiens au dîner. Toujours autant de plaisir à les revoir, à partager ces instants simples et chaleureux. Le maître d’hôtel, aux petits soins, se montre particulièrement attentif lorsque je lui explique que je ne peux mâcher que d’un côté. Il me conseille alors un potage, un poisson vapeur et une glace aux noisettes. Parfait… exceptionnel. Il est 20 h lorsque je rejoins l’amphithéâtre pour assister à un concert de musique traditionnelle mexicaine. Mais au bout de quinze minutes, finalement, je préfère regagner ma cabine. Le lendemain, une excursion m’attend à 7 h 50, avec en plus une heure de décalage à gérer. Quelques pages de mon livre encore, et mes yeux commencent à sombrer doucement…


31 janvier 2026 – Cabo San Lucas – Mexique
Rendez-vous à 7 h 30 au Tiger Bar. Juste le temps de prendre mon petit-déjeuner, de tourner une vidéo pour mes internautes, puis je rejoins Claire et Bob, mes amis canadiens, qui me présentent un couple : Shawn et Brenda, Américain et Coréenne du Sud. Trop génial de partager cette excursion avec eux. Au programme : un safari dans l’outback, à dos de chameau. J’étais heureuse, excitée même… moi qui n’avais jusqu’ici monté que sur un dromadaire, à Dubaï. Une première qui promettait d’être mémorable. Déjà, la chaloupe nous mène jusqu’au quai où stationnent de magnifiques yachts et voiliers. L’ambiance est conviviale, presque festive, même si plusieurs policiers armés veillent discrètement autour de nous. Après quelques photos, souvenirs figés dans la lumière du matin, je rejoins mon bus. Deux heures de route s’écoulent avant d’arriver au ranch Tierra Sagrada. Le paysage défile, sauvage et apaisant à la fois, comme une lente transition vers l’aventure.
Dès notre arrivée à ce ranch, une atmosphère particulière nous enveloppe…l’endroit regorge de merveilles naturelles et révèle toute la richesse de la culture californienne. Dès notre arrivée, l’évasion commence. On nous invite d’abord à faire connaissance avec notre chameau, à apprendre son prénom, à créer ce premier lien avant de grimper sur sa bosse et de partir à l’aventure. Nous traversons alors le désert de Cabo, entre étendues sauvages et silence apaisant, avant de longer l’océan Pacifique. Les paysages sont à couper le souffle.
La brise marine caresse le visage, le clapotis des vagues accompagne notre progression… Un moment suspendu, hors du temps. C’était tout simplement exceptionnel. Après cette immersion, place à la convivialité autour d’un déjeuner typiquement mexicain : tacos, haricots rouges et toutes ces saveurs généreuses qui font la richesse de cette cuisine. Un vrai régal. Le repas se termine par un dessert, puis vient la dégustation de tequila. Plusieurs tequilas, même… Pour moi qui ne bois pas, l’exercice fut un peu sportif, mais l’ambiance était joyeuse et mémorable. L’aventure continue ensuite à bord d’un énorme camion, impressionnant et tellement fun, avant de rejoindre le bus. Deux heures de route encore, bercées par les souvenirs de cette journée intense, riche et inoubliable. Une parenthèse magique, gravée dans ma mémoire
Mais la magie ne s’arrêta pas la lorsque que pendant le retour en bus que le hasard ou peut-être le destin me fait m’asseoir à côté de Shawn et Brenda, les amis des amis canadiens rencontrés le matin même. Claire sait que j’écris, que je collectionne les histoires comme on cueille des fleurs rares. Elle leur a dit…Alors, presque timidement, ils m’offrent la leur. Shawn est Américain et Brenda est Coréenne du Sud. En 2024, ils embarquent séparément sur cette croisière autour du monde. Elle voyage avec des amies, lui seul. Tous deux montent à bord à Gênes, étrangers l’un à l’autre, ignorants encore que leurs trajectoires viennent de s’entrelacer. Dix jours plus tard, le jeu du hasard les réunit lors d’une même excursion. Pas dans le même bus… mais sur le même chemin. À un arrêt, Shawn la voit. Le temps ralentit. Il est saisi. Il l’avait déjà remarquée, comme on remarque une lumière au loin, mais cette fois c’est différent : quelque chose s’impose, doucement, irréversiblement. Pourtant, aucun des deux n’ose. Alors il écoute les voix autour de lui, se rapproche un peu, espérant un signe. Puis vient le jour où enfin, sur le bateau, leurs regards se croisent vraiment. Ils parlent. Et tout devient évident. Shawn est comme hypnotisé par Brenda. Elle l’est tout autant. C’est un coup de foudre silencieux, profond, lumineux. Le soir même, il l’invite à partager un cocktail, puis un dîner. Et dès lors, ils ne se quittent plus. Shawn n’avait prévu qu’une étape sur cette croisière. Mais comment partir quand l’amour vient de vous trouver ? Il prolonge. Une étape de plus. Puis encore une autre. Le temps n’a plus d’importance quand les cœurs battent à l’unisson. Un jour pourtant, il faut se séparer. Lui rentre aux États-Unis, elle en Corée du Sud. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle traverse les océans, défie les fuseaux horaires, se construit entre deux continents. Ils se retrouvent, encore et encore, partageant leur vie à parts égales, portés par cette évidence.
En 2025, Shawn demande Brenda en mariage. Et aujourd’hui, ils sont là, ensemble, sur cette croisière 2026…unis par le hasard, le courage et l’amour, en voyage de noces. Au restaurant, je retrouve mes deux couples canadiens. Les blagues fusent, les rires éclatent. Nous sommes différents, uniques, et pourtant… nous nous entendons si bien. Comme souvent, nous sommes encore les derniers à quitter la table, à savourer le moment, à prolonger la magie. Puis, fidèle à mon habitude, je me rends seule au spectacle, à l’amphithéâtre. Ce soir, pour la deuxième fois, le plaisir de retrouver @Serge Massot, ventriloque connu dans le monde entier. Et puis, autre bonheur inattendu : j’y retrouve Christophe et sa femme. Ils me félicitent pour mon livre On l’appelait la pin-up parisienne. Eh oui… c’étaient eux qui l’avaient. Je le découvre sur le moment. Ils m’embrassent même. « Quelle vie, Annick… quel courage. Nous qui t’avions perçue comme superficielle… à travers la lecture, on comprend la vie que tu mènes aujourd’hui. Tu as tellement souffert. Encore bravo pour ton livre. »
Je suis émue aux larmes. Un message de Michel arrive : il me propose de le rejoindre à la soirée mexicaine. Mais je décline encore… Demain, c’est promis.


