Croisière 2026 Non classé Seule autour du monde
Direction Barbade
11 au 14 janvier 2026 – En mer
J’espérais bien profiter de ces quatre jours en mer pour prendre mes marques, enfin… du moins j’y croyais. Pour l’instant, je ne pouvais pas dire que je sautais de joie. L’ambiance me semblait un peu pesante.
Était-ce dû aux nombreux couples, souvent âgés ? À ce manque de soleil ? Ou peut-être à cette étrange impression de déjà-vu… Je pensais notamment aux soirées à l’amphithéâtre, qui ne parvenaient pas à m’emporter ailleurs. Et puis, il y avait autre chose. Une sensation plus physique, presque sourde. Lorsque je m’allongeais sur mon lit, de fortes vibrations traversaient la cabine. Tout bougeait. Le navire respirait, vibrait, vivait peut-être un peu trop près de moi. Heureusement, les nombreuses heures passées au sport m’aidaient à trouver le sommeil. Être seule m’obligeait à assurer davantage, à garder le cap, à ne compter que sur moi-même pour trouver mon équilibre. Après en avoir parlé avec d’autres croisiéristes, j’appris que cela venait sans doute de l’emplacement de ma cabine : 12ᵉ étage, à l’arrière du bateau. Alors, chaque matin, après mon heure de sport matinale ce moment rien qu’à moi, presque vital je passais le signaler à la réception pour tenter de remédier à ce désagrément. Après le dîner avec mon couple de Canadiens, je décidai donc de remonter dans ma cabine, préférant renoncer au spectacle dédié à Elvis à l’amphithéâtre un « déjà-vu » de plus. Et puis, c’était plus raisonnable au cas où un technicien souhaiterait passer pour constater le problème. Même si ma demande avait été dûment enregistrée, je pensais qu’il valait mieux rester dans la cabine, au cas où. Mais malgré deux rappels en fin de soirée à la réception, aucun technicien ne passa pour effectuer le moindre constat.
Ainsi, en cette belle matinée du lundi 12 janvier, après mon heure de sport et petit déjeuner, je me rendis une nouvelle fois à la réception, espérant enfin que les choses bougent. Seule solution proposée : changer de cabine. J’espérais de tout cœur que ma requête serait prise en compte. Même si, au fond, l’idée de déplacer toutes mes affaires soigneusement installées ne m’enchantait guère. Mais voyager seule, c’est aussi cela : savoir s’adapter, faire preuve de souplesse et avancer, coûte que coûte, vers un peu plus de confort… et peut-être, enfin, vers un soupçon de rêve. Allez… direction la conférence de Massimo, que je ne voulais surtout pas manquer, suivie de mon premier cours d’anglais, réservé aux personnes sachant déjà s’exprimer. J’espérais que ce serait un vrai moment d’échange, peut-être même un petit défi personnel. Mais… la salle était trop petite, trop bruyante. Tout le monde parlait en même temps, les voix se mêlaient, se superposaient, rendant toute concentration impossible. Très vite, je me résolus à l’idée que, là aussi, je n’y reviendrais pas. Tout compte fait j’en déduisais que les seuls endroits où je sentais bien étaient la salle de sport et le lounge. En fin d’après-midi, j’étais enfin entendue. Ce message, glissé sous la porte de ma cabine, indiquait que je devais passer au plus vite pour visiter une autre chambre. Je ne marchais pas, je volais…Cette cabine était située au même étage, mais un peu plus loin des machines le plus important à mes yeux. Trente minutes plus tard, je vidais mes placards pour emménager dans ma nouvelle cabine, la 12182. Heureuse mais rincée, je ne sentais plus ni mes bras ni mes jambes.
Lorsque mon ami Michel m’avait appelée pour le rejoindre au spectacle, je déclinai. Pour moi, la soirée se poursuivait autour d’un dîner au restaurant… seule cette fois-ci. Aucun de mes amis canadiens à l’horizon. Je ne comprenais pas ! Malgré tout, je gardais le moral au beau fixe et surtout le sourire lorsque je vis que l’on me déposait devant moi une belle assiette de fromages accompagnée d’un verre de vin, un doux sentiment de bonheur m’envahit instantanément. Enfin… de vrais fromages de chez nous. Des saveurs familières, réconfortantes, presque capables à elles seules de raconter la France. Je savourais ce moment avec délice, observant au loin les lumières du navire se refléter sur l’immensité noire de la mer.
Même s’il était encore tôt, j’étais heureuse de regagner ma cabine. Pour la première fois depuis longtemps, je ressentais ce plaisir simple et précieux : m’installer confortablement dans mon lit et ouvrir un nouveau roman de Musso, prête à me laisser emporter dans une autre histoire, entre ciel et mer. Mais en entrant dans ma cabine, une surprise m’attendait.
Posé délicatement sur le bureau : un bracelet. À côté, un document sur lequel était inscrit : « Vous faites partie de l’équipe Terre. Rendez-vous demain matin à 11h15 pour les World Games. ». Un sourire amusé illumina immédiatement mon visage. Je connaissais déjà l’ambiance de ces jeux à bord… L’année précédente, j’avais fait partie de l’équipe “Fire”. Entre défis, éclats de rire et esprit d’équipe, les souvenirs étaient excellents. Enfin…cette nouvelle aventure commençait sous les meilleurs auspices. Et celle-ci commençait déjà par profiter de cette nouvelle cabine.
Le fait d’avoir reculer à nouveau d’une heure, je me réveillais à 6H00… Mais pas grave, ma nuit avait été réparatrice. Petit déjeuner et la conférence de Massimo, je commençais à me dire mentalement « tu vois, c’était juste un problème de cabine… maintenant tout va aller pour le mieux du monde…. En fin de matinée, le bracelet marron à la main je rejoignais mon équipe du « Word Game ». Les autres équipes : terre, air, feu étaient déjà en place. La compétition était lancée. Le défi consistait à maintenir une balle coincée entre les têtes de deux personnes de la même équipe et à avancer ensemble sur un terrain bardé de plots. Ce n’était pas évident, mais je me suis prêtée au jeu, et nous avons remporté cette manche. Pour le défi suivant, je devais rapporter mes ceintures : il était question de créer une chaîne gigantesque à l’aide de toutes celles de l’équipe. Un moment totalement improbable… et terriblement drôle. Le reste de la journée s’était déroulé dans le calme, entre bain de soleil, sport, diner au restaurant avec mes canadiens mais surtout « Carmen », exceptionnel opéra de Bizet.
Encore une heure en moins pour cette nouvelle nuit… Je commençais à perdre pied. Quatre heures du matin. Je somnolais par intermittence jusqu’à 6 h 30, incapable de replonger vraiment dans le sommeil. Les yeux ouverts, l’esprit ailleurs, je finis par renoncer. Je me rendis alors au petit-déjeuner buffet, puis au sport à 7 h. J’assistai à un cours de stretching une première pour moi avant d’enchaîner, dans la foulée, avec mon heure habituelle d’entraînement. De quoi, en théorie, être en pleine forme pour la journée. Mais la réalité me rattrapa vite. Lors de la conférence de Massimo, je prenais froid, éternuais, reniflais sans arrêt. Plus tard, même mon bain de soleil n’y changeait rien. Cette fatigue sourde et tenace me plombait la soirée. Une seule pensée m’obsédait alors : non pas me rendre au dîner, encore moins rejoindre l’amphithéâtre pour la soirée, mais simplement retrouver les bras de Morphée. 20 h : retour au buffet. 21 h : au lit. Enfin. Et puis je devais être en forme puisque le lendemain nous accostions à la Barbade pour la visite de Bridgetown, mais ce seraient aussi les retrouvailles avec mon amie Lyrie de passage à la Barbade. Hate de la revoir, de la serrer dans mes bras.
16 janvier 2026 – Bridgetown – Barbade
Après un copieux petit-déjeuner au buffet, je pris le temps de savourer un expresso au bar du cinquième étage. Mais ce matin-là, quelque chose manquait. Mes amis italiens de 2025 n’étaient plus là pour accompagner ce rituel devenu si familier. Le café me sembla soudain plus silencieux, presque nostalgique, chargé de souvenirs encore tout proches… Un petit pincement au cœur. Snif. Je rejoignis ensuite l’amphithéâtre où nous étions attendus à 10 h 30 pour l’excursion MSC. Autour de moi, essentiellement des Français… tous impatients de partir, déjà tournés vers cette nouvelle journée d’évasion. Alors que je m’installais tranquillement au fond du bus, une femme très âgée, une canne à la main, vint s’asseoir à mes côtés.
Surprise, je lui demandai doucement : « Mais pourquoi n’avez-vous pas demandé une place devant à la guide ? Ce serait beaucoup plus simple pour vous… ». Elle me répondit avec une petite voix hésitante :« Je n’ai pas osé… ». Sans réfléchir davantage, je me levai pour aller demander à la guide de lui trouver une place plus adaptée.
Mais le bus, prêt à partir, dut attendre quelques minutes supplémentaires… et immédiatement, certains passagers commencèrent à râler. Déjà agacés par l’horaire, cette demande semblait en déranger plus d’un. Quelle tristesse parfois de voir si peu de patience face à la fragilité d’une personne âgée. Je tentai alors de laisser derrière moi cet intermède un peu amer. Après tout, le voyage ne faisait que commencer. Il était inutile de laisser ces crispations gâcher cette journée qui s’annonçait magnifique.
Et dès notre arrivée à Bridgetown, toutes ces pensées s’envolèrent presque aussitôt.
La Barbade s’offrit à moi comme une promesse de douceur et d’évasion. L’air chaud des Caraïbes caressait doucement les visages, les maisons colorées semblaient baignées de lumière, les palmiers dansaient sous le vent… et déjà, je sentais que cette île allait m’emporter dans une atmosphère hors du temps. La découverte se poursuivit vers Saint Philip, où une somptueuse demeure dévoilait l’élégance et l’histoire de l’île. Chaque pièce semblait raconter un fragment du passé, baignée de lumière et de sérénité. Plus loin, la dégustation de rhum barbadien éveilla les sens : des arômes profonds, un savoir-faire ancestral, et cette délicieuse sensation de goûter à l’âme même de la Barbade. Au fil des routes, je découvris plusieurs églises majestueuses, dont Saint John, perchée face à l’océan, et Sainte Jeanne, empreintes de calme et de spiritualité. À Holetown, berceau historique de l’île, le temps semblait ralentir, entre mer turquoise et souvenirs des premiers pas de la Barbade moderne. Mais c’est à la plage de Saint Joseph que la magie opéra pleinement. Là, un immense rocher dressé au milieu de l’eau dominait les vagues, puissant et mystérieux. Face à ce spectacle brut, j’étais saisie par la beauté sauvage de l’océan, un instant gravé à jamais dans ma mémoire. La visite se termina par Saint Andrew, plus authentique, plus verdoyant, offrant une autre facette de l’île, loin de l’agitation, où la nature reprend ses droits. Bridgetown et ses environs m’ont offert bien plus qu’un voyage : une parenthèse enchantée, entre culture, nature et émotions, que je garderai longtemps au fond du cœur.

En revanche, ce à quoi je tenais plus que tout ces retrouvailles tant espérées avec mon amie de Saint-Martin, Lyrie n’a finalement pas pu se faire. Rien. Aucun réseau pour communiquer, un déjeuner tardif de son côté… les obstacles s’accumulaient, implacables. Cette rencontre que j’avais tant imaginée, presque portée comme une bouée tout au long du voyage, s’éloignait peu à peu, me laissant un goût d’inachevé et une profonde déception. Ce n’est que par visio, bien plus tard, que nous avons pu nous retrouver, au moment de mon arrivée sur le bateau. Une présence à l’écran, fragile et insuffisante, là où j’espérais une étreinte réelle. Un lien maintenu, certes, mais à distance et le cœur un peu plus lourd.
Je profitais d’être rentrée assez tôt de mon excursion pour m’accorder un moment de repos dans ma cabine, avant de rejoindre mon ami Michel à un cocktail réservé aux croisiéristes solos, auquel nous étions invités. Waouh… je ne m’attendais vraiment pas à autant de monde. Finalement, il y avait beaucoup de célibataires à bord, toutes nationalités confondues. MSC avait fait les choses à la perfection : c’est une coupe de prosecco à la main que Michel et moi avons été accueillis, dans une ambiance élégante et soigneusement orchestrée. Pourtant, malgré cette organisation irréprochable et tous les efforts déployés pour que nous nous sentions bien, quelque chose ne prenait pas. Entourée de nombreux célibataires âgés, j’eu du mal a m’intégrer. Trop de visages me semblaient déjà figés dans une routine qui n’était pas la mienne. Il manquait cette étincelle, cette folie légère que je cherchais encore. Et même si j’assumais pleinement mes 64 ans, je ne me reconnaissais pas du tout dans cette assemblée. Michel partageait exactement le même ressenti.
Alors, après une trentaine de minutes, nous décidâmes de nous éclipser discrètement. La soirée se termina simplement au buffet, avant de rejoindre chacun nos cabines, le cœur un peu ailleurs, avec l’impression que ce lieu, malgré tout son luxe et sa bienveillance, n’était pas fait pour nous. All the best
17 janvier 2026 – St Georges – Grenade
Après un petit déjeuner copieux et le tournage de mes vidéos, c’est en fin de matinée que je rejoignais le bus pour partir à la découverte de cette ville aux mille épices. Heureuse de constater que l’excursion était francophone, je me réjouissais surtout de la présence d’Italiens à bord. Cela promettait une belle ambiance, des sourires à profusion et cette légèreté que j’aime tant… « Remember 2025 ».
Grenade m’a tout de suite plu. Un détail sautait aux yeux partout : ces drapeaux, nombreux, colorés, porteurs d’un souffle d’indépendance et d’identité forte. L’île semblait parler, raconter son histoire à ciel ouvert. Nous avons découvert Grenade à bord de bus ouverts, très agréables, baignés d’air chaud et de lumière. Cette fois-ci, l’excursion était francophone, mais surtout marquée par une joyeuse présence italienne. Et là, tout a changé. Les rires fusaient, l’ambiance était légère, vivante, spontanée. Rien à voir avec ma première excursion, faite avec des Français, où je ne m’étais pas vraiment retrouvée. Ici, ça parlait, ça bougeait, ça vivait. Le fort Frédéric nous attendait sur les hauteurs de l’île, majestueux. De là-haut, la vue était tout simplement spectaculaire : Grenade s’offrait à nous dans toute sa splendeur, éclatante de couleurs et de contrastes. Une île incroyablement verte, luxuriante, parsemée de fleurs aux teintes intenses. Des millions de fleurs, semblait-il. J’y ai vu des fruits exotiques en abondance, des manguiers généreux, et même de petits crabes surgissant de la terre, comme un clin d’œil malicieux de la nature. Tout était vivant.
Puis nous sommes arrivés à la plage de Grande Anse. Un décor presque irréel. La mer, la plage magnifique, et ces voitures multicolores glissant sur l’eau comme des bateaux de course, une scène totalement dingue. Le ciel était un peu capricieux, légèrement pluvieux, mais cela n’enlevait rien à la beauté du lieu, bien au contraire : l’atmosphère en devenait presque cinématographique. Nous avons aussi découvert une très belle église, empreinte de calme et de sérénité, avant de terminer par le marché aux épices, véritable explosion de parfums, de couleurs et de saveurs. Grenade portait bien son surnom d’île aux épices. En fin de journée, une évidence s’est imposée à moi. Je me suis rendue directement au bureau des excursions. Je voulais changer. Changer de bus, changer d’énergie, changer d’ambiance. J’ai expliqué que pour toutes mes prochaines excursions payantes, je souhaitais désormais partir avec les Italiens. La personne des excursions m’a regardée, un peu surpris, et m’a demandé si je parlais italien. Je lui ai répondu en souriant : « Non, je prends juste des cours… mais j’aime l’ambiance italienne. Et puis beaucoup parlent anglais. Moi, j’ai envie de rire, de bouger, de vivre. Et je ne me retrouve pas dans les bus de Français. » Et à cet instant précis, j’ai su que mes prochaines découvertes se feraient au rythme de cette joie-là.
Le dîner n’ayant lieu qu’à 18 h 30, je décidai de me rendre à la salle de sport afin de me mettre un peu en forme pour la soirée. Dans la foulée, je reçus un message de mon amie montpelliéraine aussi sur le bateau, m’invitant à la rejoindre pour dîner au Yacht Club. Je déclinai son invitation, persuadée qu’il était plus correct d’honorer l’engagement que j’avais pris avec les deux couples canadiens. Ce choix, je le regrettai presque aussitôt. En arrivant au restaurant, je compris que j’avais, une fois de plus, eu tort : j’étais seule à table. Seule, face à une place vide, avec ce léger pincement au cœur que l’on connaît trop bien quand l’on réalise que l’on n’était finalement pas attendue.
La déception était bien là, discrète mais réelle. Je décidai malgré tout de ne pas perdre la face et de rester dîner. Le serveur, attentif et délicat, sembla comprendre ma solitude et se montra d’une gentillesse touchante. En trente minutes à peine, le repas était expédié, plus par obligation que par plaisir. Je me rendis ensuite au spectacle caribéen. C’était splendide, éclatant de couleurs, de musique et de vie. Mais malgré toute cette énergie, le cœur n’y était pas. J’applaudissais, je souriais aux passants, mais tout cela sonnait un peu faux. Je faisais bonne figure, simplement, en attendant que le temps passe. Je me répétais que demain serait un jour meilleur. Alors je terminai la soirée dans ma cabine, un livre à la main, cherchant dans le silence un peu de réconfort.


