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Voyager seule demande plus de courage qu’on ne l’imagine

Par Annick Lejeune-Fouquet 21/06/2026 9 min de lecture
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8 au 9 janvier 2026 – En mer

Réveil dans la bonne humeur. C’est fou le nombre de personnes que je croise et qui me reconnaissent… Il paraît que nous sommes environ 600 croisiéristes à avoir vécu la croisière 2025 c’est impressionnant. En revanche, aucun Asiatique à l’horizon… sans doute parce que nous terminons ce voyage loin de l’Asie. Mon premier daily report a été glissé sous la porte.

Rappelez-vous : ce document qui annonce les activités de la journée. À l’intérieur, une invitation s’y est glissée : réunion à 10h00 concernant toutes les excursions de la première partie du voyage. Pour moi, il est tout naturel d’y participer. En chemin, je croise le commandant de bord, Monsieur Pietro Sarcinella. Il n’a pas changé : toujours le même sourire chaleureux. Je lui tends la main, il me tend la joue. Touchée qu’il me reconnaisse, je lui annonce avec bonheur que le livre que j’écrivais lors de la première croisière est désormais édité. J’en ai rapporté deux exemplaires à bord, dédicacés. Mais ou les déposer… nous n’avons plus de bibliothèque a bord.

Il me propose d’en déposer un au corner Prêt de livres installé au 7ᵉ étage, et un autre au 14ᵉ, au lounge Club, à son attention. Une douce sensation de boucle bouclée m’envahit. Je suis heureuse de retrouver mon ami Michel pour le déjeuner. Je le reconnais aussitôt et ne peux m’empêcher de lui lancer, taquine, que le sport lui ferait le plus grand bien… Il confirme en riant : au moins une dizaine de kilos à perdre. « Je compte sur toi », me redit-il en plaisantant, avant de me tendre un cadeau pour célébrer nos retrouvailles.

Une petite sieste, puis à nouveau la salle de sport. Deux fois par jour… 45 minutes de tapis et 45 minutes de vélo. Alors que je m’installe sur le vélo, un charmant monsieur aux cheveux blancs prend place sur celui d’à côté. Il a juste le temps de me dire bonjour que sa femme s’installe aussitôt, son tapis à ses pieds, alors que la salle de gymnastique au sol se trouve de l’autre côté…Ah, les femmes… comme si j’allais sauter sur son mari ! J’ai quand même un peu de tenue … rires.

La journée s’enchaîne doucement, presque paisiblement, jusqu’à la présentation de la nouvelle équipe commandant de bord et sous-officiers du Magnifica, à l’amphithéâtre. Michel me propose de m’accompagner ; j’accepte avec joie. Le plaisir est réel de revoir certains visages déjà connus. Il y a d’abord le commandant de bord, Monsieur Pietro Sarcinella, puis Giovanni Caso, le Directeur F&B, Ciro D’Agostino, le Chef cuisinier, Salvatore Spompanato, le Directeur des opérations restauration, Nicoletta Yamicole, la Housekeeping Manager, Antonino Mastellone, le Chef ingénieur, Michele Schettino, le Staff Captain, Sonia Costero, la Directrice de croisière, Joel Velasquez, la Guest Relations Director…Et les petits nouveaux : Guglielmo Gargiulo, le Directeur d’hôtel, ainsi que Michele Schettino, commandant en second. Je suis particulièrement impressionnée par le commandant de bord, capable de s’exprimer dans toutes les langues, avec une aisance presque fascinante.

Puis vient le moment fatidique. Celui que je redoutais le plus en embarquant sur cette croisière : le dîner. Je suis conviée à la table 589. Michel tente de me rassurer, en m’invitant à prendre un verre au bar attenant au restaurant. Une attention délicate, presque protectrice… mais ce que je redoutais finit par arriver. Lorsque le chef hôtelier me présente à la table, je découvre les convives : trois couples de Français, déjà installés. À la seule expression de leurs visages, je comprends immédiatement la situation. J’étais l’intruse. Comme lors de la croisière autour du monde 2025. Alors Michel, en parfait gentleman, accepte de ne pas rejoindre sa propre table. Il demande une table pour deux, et nous dînons tranquillement, à l’écart. Finalement, le hasard fait bien les choses…Un an sans se voir : nous avions tant de choses à nous dire.

En cette matinée brumeuse du 9 janvier, je constate bien avoir reculer ma montre d’une heure avant de me rendre au petit déjeuner, ou par chance, je croise le directeur de la restauration. J’en profite pour l’informer de mon incident de la veille au diner. Tout de suite, c’est avec le sourire aux lèvres, qu’il m’assure que le problème serait réglé dès ce soir. J’en profitai pour lui confirmer que je comptais rester au service de 18 h 30, meilleur pour la digestion. Vous ne pouvez pas imaginer ce que l’on ressent lorsque l’on est seule et que l’on doit s’intégrer à une table déjà formée c’est une épreuve silencieuse. Quand on arrive seule, face à des groupes constitués, des couples qui se connaissent déjà, il faut trouver sa place sans déranger, sourire sans trop en faire, exister sans s’imposer. On devient celle qui arrive “en plus”, celle qui rompt un équilibre déjà installé. Les regards, parfois gênés, parfois fermés, parlent avant les mots. Et l’on comprend, en quelques secondes, que l’intégration sera compliquée, voire impossible. J’aurais tant voulu que mon amie Lyrie soit là. Sa présence aurait tout changé.

Avec elle, il n’y aurait pas eu cette appréhension, cette sensation d’être en trop. À deux, on ne subit pas la table : on la partage.  Mais seule, chaque repas devient un petit défi.

Un moment où l’on doit se préparer intérieurement, rassembler son courage, simplement pour s’asseoir… et faire semblant que tout va bien. Et pourtant, tout se passa bien. Je fis la connaissance de deux couples canadiens absolument charmants. Le premier, plus âgé, Claire et Bob en était déjà à sa quatrième croisière autour du monde. Le second, plus jeune, Al et Kenzia vivait là son baptême de la mer.

Ce premier dîner se déroula dans une atmosphère douce et respectueuse. Chacun prenait ses marques, sans curiosité intrusive, sans questions superflues. Les échanges étaient simples, naturels… et surtout agréables. J’avais enfin trouvé une table qui m’acceptait, même seule. Et cela changeait tout. J’avais de l’espoir. Portée par cette belle énergie, je me rendis ensuite à l’amphithéâtre pour assister à un moment d’exception : l’opéra « O Sole Mio ». Quel bonheur de retrouver le célèbre ténor Alessandro Dimassi, que j’avais déjà tant apprécié en 2025. L’entendre à nouveau, ici, sur un bateau, relevait presque de l’irréel. Cette manifestation était une première, un instant suspendu entre ciel et mer, où la voix de l’opéra venait épouser le roulis des vagues. Un véritable rêve éveillé. Un peu lasse mais le cœur léger, je regagnai ma cabine, le sourire aux lèvres, profondément heureuse d’avoir trouvé ma place. Et là, une nouvelle surprise m’attendait : des livres en français déposés sur mon lit. Une attention délicate et touchante de la part du staff MSC. J’étais aux anges.

10 janvier 2026 – Funchal – Madère

Après un petit-déjeuner léger, sourire aux lèvres et ticket à la main, je me rendis à l’amphithéâtre pour mon excursion. Un de ces moments où l’on sent que la journée va compter. À 8 h 45, installée dans le bus 25, j’écoutais attentivement les explications de notre guide portugaise, déterminée à faire de cette découverte une réussite. Très vite, Madère se dévoila sous mes yeux comme un jardin vertical, spectaculaire et indompté. Une île montagneuse, abrupte, intensément verte. Ici, l’humidité frôle les 80 %… comment voulez-vous que la nature s’endorme ? Madère reste verte toute l’année, vibrante, presque sauvage. Une terre escarpée où tout monte, tout grimpe… et savez-vous quoi ? Pas de téléphérique pour tricher avec l’effort. Malgré les montées interminables, j’ai tenu bon… et même résisté aux Pastéis de Nata un exploit en soi. Et puis, moi la footballeuse, impossible de ne pas le remarquer : Cristiano Ronaldo est partout. Un immeuble, un magasin, un musée… son ombre bienveillante accompagne chaque pas. Impossible de l’ignorer.

Arrivés à Cabo Girão, l’une des plus hautes falaises d’Europe et la deuxième au monde, le spectacle est saisissant. Ici, le vert plonge brutalement dans le bleu. Le vide est vertigineux, le silence impressionnant. En contrebas, les terrasses façonnées par l’homme racontent des siècles de courage et d’ingéniosité. Les vignes s’accrochent à la montagne, défiant la pente, le temps… et parfois même la gravité. Et puis il y a ces instants inattendus qui font sourire. Alors que je me filmais tranquillement, une femme persuadée que j’étais la compagne de l’homme toujours à mes côtés a absolument tenu à immortaliser une photo de “nous deux”. Madère crée des liens… même imaginaires. Funchal, c’est aussi l’appel de l’océan profond. Là où l’on pêche, à la ligne, le mythique poisson sabre noir. Un poisson venu des abysses, servi en filet… accompagné de bananes. Une association surprenante, déroutante, et pourtant délicieuse. Ce n’est pas une île que l’on visite. C’est une île que l’on ressent. La soirée se passa agréablement avec un diner convivial ou les plats portugais étaient à l’honneur et un concert de jazz… et à nouveau une belle surprise à la chambre : un peignoir… j’en avais rêvé en 2025… il était là… Merci MSC.

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