Croisière 2026 Seule autour du monde
Hawaï… Je pensais découvrir une île. J’ai ressenti quelque chose de bien plus profond
7 au 10 février 2026 – en mer
Un mois déjà que j’ai quitté Gênes. Heureuse d’avoir passé une bonne nuit, heureuse aussi que la réception me contacte pour savoir si tout s’était bien déroulé, s’il y avait eu moins de bruit. Oui, j’ai bien dormi…C’est donc dans un élan presque euphorique que je m’apprêtais à prendre mon petit-déjeuner, puis à faire mes 45 minutes de step. Je volais. Pas de conférence ce jour-là, mais plutôt un brief sur les excursions de mars. Eh oui, pour MSC, nous étions déjà en mars… en Australie… puis en Asie.
Bilan du premier mois
Je profite de ces journées en mer pour faire le point sur ce premier mois à bord du Magnifica. Pour être honnête, mon ressenti est plutôt mitigé. Je suis arrivée pleine d’espoir, avec en tête ma croisière de 2025… et l’envie de retrouver ces sensations.
- Retrouver une partie du staff a été un vrai plaisir. Il y a ce sentiment agréable de revenir dans un environnement connu, presque familier : Camelia, les équipes restauration, les photographes, les animateurs… comme un retour, en apparence.
- Ma cabine, malgré un emplacement à l’arrière et un peu de bruit, commence à devenir mon refuge. Un espace essentiel pour me retrouver.
- Je retrouve aussi certains rituels de 2025, notamment l’expresso au bar du 5ᵉ avec Rossana. Ce simple « Bonjour Madame Annick, un expresso lungo ? » fait du bien… même s’il manque l’ambiance italienne d’avant.
- Côté buffet, le choix est toujours là, et je retrouve avec plaisir Saurabh Dhawale. En revanche, la terrasse arrière que j’aimais tant a disparu au profit du restaurant payant Butcher. Quant au jus d’orange pressé… trop souvent en panne. Là, je dois bien le dire : je suis déçue.
- Au restaurant Verdi, après un début compliqué, je trouve finalement une belle table avec mes amis canadiens (Al, Kenzia, Bob, Claire). Et Vikash, toujours attentif, rend ces moments encore plus agréables.
- Certaines excursions sortent du lot, comme Cabo San Lucas ou Los Angeles, même si toutes ne marquent pas autant. L’organisation semble renforcée cette année.
- Les soirées sont plus compliquées : des spectacles souvent déjà vus, et surtout ce décalage d’une heure avant les afters, qui casse le rythme.
Au bout d’un mois, malgré mon tempérament positif, je ressens un décalage avec 2025. L’ambiance me paraît moins fluide, moins naturelle. Les soirées ne prennent pas, et le rythme ne me correspond pas vraiment. Résultat : je passe souvent mes soirées dans ma cabine.
Le constat est donc nuancé : il y a du confort, des repères, de bons moments…mais aussi cette sensation diffuse que quelque chose a changée. En un mois : quatre soirées de gala, de nombreuses animations… et un seul after. Cherchez l’erreur.
Et si…. Si je devais mettre un chiffre sur mon ressenti, je dirais 70 % de plaisir. Ce n’est ni un regret, ni une vraie déception simplement un constat honnête. Ce plaisir, je l’ai surtout trouvé à terre. Dans ces moments où quelque chose s’allume en moi.
À Cartagena, d’abord : une énergie libre, chaleureuse, presque évidente. La musique, les couleurs, les sourires… cette sensation d’être accueillie sans condition. Puis Cabo San Lucas : la chaleur des Mexicains, leur joie communicative, cette présence sincère à l’instant. Une générosité simple, mais marquante. Et enfin San Diego. Dès l’arrivée au port, avant même de descendre du bateau, mon regard a été happé par cette présence imposante : un porte-avions, transformé en musée. Impossible de l’ignorer. Quelque chose de fort, presque silencieux… qui impose le respect. Les avions alignés sur le pont, figés mais pleins d’élan, donnent l’étrange sensation qu’ils pourraient encore s’envoler. On ressent la mémoire, la puissance, le poids du passé. Ce lieu ne se visite pas seulement, il se ressent. Il m’a profondément marquée, émue, impressionnée. Et puis, presque comme un contrepoint, il y a eu Venice Beach et surtout Santa Monica. Là, tout devient plus léger. Les pas, les pensées, le regard que l’on porte sur soi-même. Santa Monica, c’est une respiration. Une douceur, une insouciance qui flottent dans l’air. Les gens vivent dehors, rient, avancent sans se presser. On se laisse porter par la lumière, par l’océan, par cette sensation de liberté simple et évidente. J’y ai ressenti une vraie légèreté, rare, précieuse. Ces escales m’ont rappelé pourquoi je voyage : pour ressentir, pour vibrer, pour m’émerveiller.
Mon objectif pour ce mois de février est clair : aller aux afters. Oser davantage. Ne plus laisser les regards — parfois pesants, parfois malveillants avoir du pouvoir sur moi. Me choisir. Prendre ma place. Même seule. Surtout seule. Parce que ce voyage n’est pas seulement géographique. Il est aussi profondément intérieur.
Et tout commence avec le dîner de gala. Avec Michel, nous décidons que, lors de chacun de ces dîners, nous dînerons ensemble. Une façon de changer nos habitudes. Et comme ces soirées reviennent chaque semaine, nous avons toujours autant de plaisir à nous retrouver. Par chance, nous croisons le directeur de la restauration au déjeuner. Trouver une table n’est pas toujours évident, alors ce petit échange tombe à point nommé. Le soir venu, sachant qu’il y aura un selfie avec les membres de l’équipage, je revêts ma plus belle robe longue, d’un bleu pastel qui met en valeur mon teint. Des escarpins Jimmy Choo pour finaliser le tout. J’aime ces moments où l’on se sent prête, alignée, pleinement soi.
Après le spectacle intitulé Le Ciel de Paris, je rêve d’un Paris étoilé, d’un Paris magique…Que dire de la montée des marches de l’amphithéâtre, les regards de nombreuses femmes braqués sur moi. Mais je me grandis en passant à leurs côtés. J’assume. J’ai envie d’exister. Je marche la tête haute. Je rejoins ensuite le bar du 5ᵉ, où Michel m’offre un verre de cranberry, avant de nous diriger vers le restaurant où nous sommes attendus. Le maître d’hôtel nous conduit vers une table de six personnes, rien que pour nous deux. Nous lui faisons remarquer que c’est beaucoup trop. Il se tourne alors vers Michel et lui lance, avec malice :
- « Je suppose que si vous souhaitez une table en amoureux, c’est que vous avez des secrets à vous avouer ? » Très sérieuse, je réponds :
- « Cela restera entre nous, je vous fais confiance… mais je suis enceinte et je comptais lui annoncer ce soir. Alors oui, c’était important. Mais comment l’avez-vous deviné ? »
Nous éclatons de rire. Le dîner se déroule à merveille. Nous nous racontons nos aventures les plus folles, les rencontres faites à bord, les situations improbables… Un moment exceptionnel, simple et complice. Puis, gagnés par la fatigue, nous rejoignons nos cabines. Moi, épuisée par le sport de la journée. Lui, un peu ralenti par cette goutte qui le fait encore souffrir. Une belle soirée. Une de celles qui restent.
En cette belle journée du 10 février… Profitant d’un rayon de soleil, je tourne la vidéo pour @Canal83, une chance car entre les rafales de vent et la pluie fine… C’est compliqué. Toujours mon envie d’envoyer du rêve… Puis en fin de soirée, une annonce : nous resterons à Hilo jusqu’à tard dans la nuit. Une excellente nouvelle pour beaucoup, qui pourront ainsi dîner en ville et profiter d’un peu d’animation. Pour ma part, cela ne change rien. Je me souviens que MSC Croisières avait annulé mon excursion pourtant déjà payée. J’avais donc demandé à Christophe et à son épouse s’ils avaient prévu quelque chose à Hilo. Et là, cerise sur le gâteau : j’apprends que mon amie montpelliéraine serait aussi de la partie… TOP !
Au programme : les volcans, les chutes d’eau, le jardin japonais… le paradis ! Autant dire que j’ai tout de suite dit oui…Ah, j’oubliais… je dois reculer encore ma montre d’une heure…+ 11 heures avec Paris
11 février 2026 – Hilo -Hawai
Cela fait une semaine que je traîne un mal de gorge… une semaine que je tousse. Doliprane et miel rythment mes journées. Heureusement, j’ai eu une sauveuse. Elle s’appelle Rossana Yaba, la responsable du bar du 5ᵉ. Il y a quelques jours, elle m’avait proposé de me préparer un « Ginger » pour atténuer ma toux et calmer ma gorge. Intriguée, je lui avais demandé ce que c’était. Sa réponse : gingembre, miel, citron… et vodka. Waouh, le cocktail explosif ! Honnêtement, je n’y croyais pas trop… et pourtant, elle avait raison. Une vraie petite potion magique ! Enfin je ne vous raconte pas les bouffées de chaleur, raison de deux par jour. Je la remercierai avec un cadeau, elle l’a bien mérité. Je crois que ce sera la deuxième fois que je fais une excursion avec quelqu’un du bateau. En général, seule, je passe plutôt par MSC Croisières, c’est plus simple. Mais j’ai confiance en Christophe. On se connaît un peu, il était déjà à bord en 2025. La météo avait annoncé de la pluie… et elle est bien au rendez-vous. Heureusement, il ne fait pas froid. Alors, short ou pantalon ? J’hésite. En croisant pas mal de personnes déjà en pantalon, je me dis que ce sera plus raisonnable. Hors de question d’attraper à nouveau mal à la gorge !
Je prends un petit déjeuner plus conséquent que d’habitude, sachant que je serai avec des personnes qui ont l’habitude de manger plus tard. Nous avons rendez-vous à 11h à la sortie du port. Et j’ai bien fait, car nous ne mangerons rien de la journée. L’aventure commence… Déjà 30 minutes d’attente pour la navette, puis direction l’aéroport pour récupérer la voiture de location. Heureusement, Christophe et son épouse gèrent parfaitement l’organisation, entre Waze et le reste. Sous une pluie battante, nous prenons la route vers les volcans, au cœur du Hawaii Volcanoes National Park. À l’arrivée, un peu de fumée, un immense cratère… Impressionnant, certes, mais je ne peux pas dire que ce soit l’euphorie. Nous explorons même une grotte souterraine intéressante, mais sans véritable éclat. Je garde le sourire. Et puis, soudain, tout change. Vingt kilomètres plus loin, la pluie cesse brutalement. Le ciel s’éclaircit comme par magie. Devant nous : un paysage irréel. Des kilomètres et des kilomètres de lave figée, à perte de vue. Certaines coulées, gravées par le temps, ont plus de mille ans. Là, quelque chose se produit. Je me sens dans un autre monde, complètement happée par cet univers minéral. Comme prise au piège… mais un piège apaisant. Une sensation de calme profond m’envahit. Je me sens détendue. C’est difficile à expliquer. Ce n’est pas seulement un paysage. C’est une énergie. Une présence. Une chose est sûre : il s’est passé quelque chose en moi face à tous ces kilomètres de lave. Je jette un œil à ma pastille santé sur mon téléphone… waouh, déjà 12 000 pas ! Mais au loin, une magnifique falaise attire mon regard. Des vagues énormes viennent s’y fracasser avec une force incroyable. L’envie est trop forte. Nous nous arrêtons.


Les vagues arrivent de loin, immenses, gonflées d’une force ancienne. Elles viennent se briser contre la paroi noire comme si elles cherchaient à réveiller la mémoire de la roche. Chaque impact fait vibrer l’air. On dirait que l’océan parle, qu’il raconte une histoire plus vieille que le monde. La falaise, née de la lave figée, porte encore la trace du feu. Tout est noir. Un noir profond, presque irréel un noir qui semble absorber la lumière et suspendre le temps. On sent que la terre a brûlé ici, que le feu a coulé comme une rivière lente avant de se pétrifier pour l’éternité. Et puis il y a ce bleu. Un bleu intense, mouvant, vivant. À chaque vague, l’eau éclate en gerbes turquoise et cobalt. La paroi sombre se met à briller comme si elle respirait. Le reflet danse sur la roche volcanique et transforme ce paysage austère en véritable cathédrale marine. Le contraste est saisissant : le feu ancien figé dans la pierre, et l’eau éternelle qui revient, encore et encore, le caresser, le défier. Le lieu est démesuré. On s’y sent minuscule, comme au cœur d’un monde primordial, là où les éléments se rencontrent sans compromis. Le noir de la lave et le bleu des vagues semblent dialoguer l’un immobile, l’autre infiniment en mouvement. Et face à ce spectacle, on ne peut que rester là, suspendu, avec l’impression d’assister à quelque chose de sacré : la rencontre du feu et de l’eau, rejouée à l’infini. Puis, nous reprenons la voiture, et il recommence à pleuvoir… direction « Rainbow falls », Une pluie fine, persistante, presque tropicale. Elle semble faire partie du décor. J’avais imaginé autre chose. Je m’étais dit : je vais me baigner, me laisser tremper sous la cascade, ressortir en tee-shirt mouillé, rire un peu de cette eau fraîche tombée du ciel. J’avais cette image légère en tête. Mais la réalité était différente. La chute était… noire. Pas sombre. Noire. L’eau, chargée par la terre volcanique, tombait avec une puissance dense, presque opaque. On ne voyait pas le fond. On ne distinguait rien sous la surface. C’était une masse en mouvement, épaisse, mystérieuse. Nous ne nous attendions pas du tout à ça. Et pourtant… c’était magnifique. Il y avait quelque chose de brut, de sauvage. La cascade ne cherchait pas à séduire. Elle s’imposait. Elle tombait avec autorité, dans un grondement sourd qui résonnait dans la poitrine. Autour, la végétation était d’une épaisseur presque irréelle. Un vert profond, saturé par la pluie. Des arbres gigantesques s’élevaient vers le ciel sans que l’on en voie la fin.
Leurs troncs semblaient ne jamais s’arrêter. Lianes, fougères, racines apparentes… tout respirait l’humidité et la vie. On se sentait minuscule. Et puis, en regardant les panneaux, j’ai compris qu’il y avait eu plusieurs accidents ici. Beaucoup de morts. Cette beauté n’est pas innocente. Elle est puissante, imprévisible. L’eau noire, surtout, impose le respect. On comprend vite que l’on ne joue pas avec elle. Je n’ai pas fait mon tee-shirt mouillé. Je suis restée là, simplement, à observer. À écouter. À ressentir. Sous la pluie, face à cette chute sombre entourée d’une jungle presque infinie, j’ai compris que certains lieux ne sont pas faits pour être conquis… mais contemplés. J’étais épuisée … toute cette marche… je pensais rentrer au bateau mais Christophe nous proposa de visiter « Liliuokalani Gardens », un magnifique jardin japonais. Je disais oui et je ne l’ai pas regretté, quelle bonne idée. Après la puissance brute des volcans, après le fracas des vagues et l’obscurité des chutes, il y avait eu cette lave gigantesque, noire d’un mat, profond, aux surfaces lisses, d’autres déchirées, dentelées, presque agressives. Les Liliuokalani Gardens sont une respiration. À peine y entre-t-on que le temps ralentit. Les pas se font plus lents, presque instinctivement.
Les ponts arqués se dessinent avec élégance au-dessus des bassins calmes. L’eau y est lisse comme un miroir, troublée seulement par le passage discret d’un poisson ou la chute légère d’un pétale. Tout est harmonie. Les pins soigneusement taillés s’inclinent avec grâce, comme s’ils saluaient le visiteur.
Les pierres, posées avec précision, semblent raconter une histoire silencieuse. Rien n’est laissé au hasard, et pourtant tout paraît naturel. Le vert y est tendre, apaisant. On entend le vent dans les branches, le froissement délicat des feuilles, le clapotis discret de l’eau contre les rives. Même la lumière semble différente ici plus douce. Assise face à l’étang, je me sens légère. Le tumulte intérieur s’apaise. Les pensées ralentissent. Ce jardin n’est pas spectaculaire. Il n’a pas la démesure des falaises ni la force des volcans. Il offre autre chose : la sérénité. C’est un lieu qui ne cherche pas à impressionner, mais à équilibrer. Un endroit où l’on se reconnecte doucement à soi-même. Un lieu où l’âme peut, enfin, se reposer.
Il est temps de rendre la voiture. La journée a été intense, riche, presque irréelle. Sur le parking, nous croisons d’autres croisiéristes encore imprégnés de pluie et de paysages volcaniques. La navette nous ramène vers le MSC Magnifica, prêt à lever l’ancre. Je remercie chaleureusement Alain et sa femme pour l’organisation de cette journée exceptionnelle. Il est 19h lorsque je rejoins ma cabine. Une douche rapide pour enlever la fatigue, la terre noire, les kilomètres dans les jambes… et je me dirige vers l’amphithéâtre. Michel m’y attend. Ce soir, une troupe d’Hilo est venue se produire à bord. Et très vite, je comprends que ce n’est pas “un spectacle de plus” dans le programme de la croisière. C’est un cadeau. Dès les premières notes, quelque chose change dans l’atmosphère. Les danseuses avancent avec grâce et dignité. Leurs gestes ne sont pas simplement chorégraphiés : ils racontent une histoire. Celle de leur terre, de leurs ancêtres, de l’océan et du feu que nous avons contemplés quelques heures plus tôt. Leurs mains dessinent des vagues, des fleurs, le vent. Leurs hanches suivent un rythme ancestral. Leurs regards sont habités, fiers, lumineux. On sent qu’elles ne dansent pas pour impressionner, mais pour transmettre. Les musiciens, eux, donnent une profondeur presque vibrante à la salle. Les percussions résonnent dans la poitrine, les chants montent avec une douceur puissante. On ne comprend pas forcément toutes les paroles… mais on en ressent l’âme. Et c’est là que je réalise quelque chose. Après avoir marché sur la lave, observé les falaises noires et les chutes sombres, ce sont eux qui donnent un visage humain à Hilo. Ils incarnent l’île. Ils en portent la mémoire vivante. Ce n’est plus seulement un lieu que j’ai visité. Ce sont des personnes que j’ai rencontrées. Alors oui, je pense qu’il est important de leur rendre hommage. Pour leur générosité. Pour leur authenticité. Pour avoir partagé bien plus qu’un spectacle : un fragment de leur identité. La journée se termine ainsi, non pas dans le bruit du départ du navire, mais dans la douceur d’un “merci” silencieux.



