Croisière 2026 Seule autour du monde
Parfois, il suffit de prendre de la hauteur
26 février 2026 – En mer
Il faut au moins cinq jours pour que les antibiotiques commencent réellement à faire effet… Alors cette première nuit dans ma nouvelle cabine que j’apprécie pourtant énormément ne s’est pas révélée comme je l’espérais. Eh oui…Entre les quintes de toux, le nez complètement pris et cette sensation d’étouffement dès que je m’allongeais, la nuit fut compliquée. Le silence que j’avais tant désiré était enfin là… mais mon corps, lui, refusait encore le repos. En ouvrant les yeux vers 8h00, un peu lasse mais déterminée, je me suis dit que le massage aux pierres chaudes prévu à 11h30 me ferait forcément du bien. Une parenthèse rien qu’à moi. Juste le temps de passer boire mon ginger au bar du cinquième pont, de récupérer le feuillet des prochaines excursions payantes après fin mars… et voilà que l’heure était déjà arrivée. Ce fut une heure de pure détente. La chaleur des pierres, les gestes lents, enveloppants… comme si l’on cherchait à apaiser non seulement les tensions du corps, mais aussi celles accumulées ces derniers jours. J’ai senti, pour la première fois depuis longtemps, mes épaules se relâcher complètement. Un déjeuner léger a suivi, presque instinctif. Puis une sieste, nécessaire, profonde. Les antibiotiques me cassent. Ils soignent, mais ils épuisent aussi. L’après-midi s’est poursuivie doucement, au rythme de l’écriture du blog. Poser les mots m’apaise. C’est ma façon de respirer autrement. Michel m’a proposé de l’accompagner demain à Wellington. J’ai décliné. Cette fois, j’écoute mon corps. Je préfère me reposer, reprendre des forces et assurer pour Sydney. Chaque étape a son importance, et je veux arriver à Sydney avec l’énergie nécessaire pour en profiter pleinement. Voyager, c’est aussi apprendre à ralentir. À accepter que parfois, le plus beau programme… c’est le repos.
27 février 2026 – Wellington – Nouvelle Zelande
Le premier message que je reçois ce matin-là vient d’un Italien d’environ 70 ans, veuf, croisé lors d’une excursion. Un homme plutôt fun, sportif, sympathique en apparence. Il avait filmé le haka lors de la visite à la Sky Tower que je n’avais pas pu faire (le guide guettait). Je lui avais donc donné mon numéro afin qu’il m’envoie la vidéo. La technologie s’en était mêlée : vidéo trop longue, téléphones incompatibles pour AirDrop… bref, un simple échange logistique. Et puis voilà comment tout peut déraper.
Son message disait : « Je pars faire du sport, mais je préférerais passer à votre cabine vous faire l’amour, un peu marre de la masturbation. » Pardon ? Mais où va-t-on…Pour qui m’a-t-il prise ? Parce que je voyage seule ? Parce que je suis souriante ? Disponible ? Certainement pas. Il y a des moments où l’on mesure combien certaines personnes confondent liberté et invitation. Voyager seule n’est pas une proposition. C’est un choix. Une force. Une indépendance. J’ai refermé cette parenthèse avec un mélange d’agacement et d’incrédulité. Heureusement, malgré la toux persistante et les éternuements, la nuit ne s’était pas trop mal passée. Un petit progrès.
En arrivant au petit déjeuner, j’ai découvert un ciel gris et pluvieux. En voyant le temps sur Wellington, je n’ai regretté en rien d’avoir décliné l’expédition avec Michel. Je vais rester sagement à bord, avancer sur mon blog et sur mon livre. Finalement, ce ralentissement imposé me donne du temps précieux pour écrire. C’est très bien ainsi. Et puis, il y a ce projet qui me fait vibrer : organiser ce tour en hélicoptère à Sydney, le 3 mars. Une envie de coup de folie. Une parenthèse aérienne. Michel souhaite m’accompagner. Pourquoi pas… À voir. Après tout, la vie est faite d’équilibres : savoir dire non quand il le faut… et savoir dire oui aux élans qui nous font rêver. Et puis, cela me laisse le temps de regarder les prochaines excursions sur le document donné par le desk excursions lors de la réunion d’hier a l’amphithéâtre. Je trouve cela cher, très cher… j’envoie un message à Christophe et sa femme pour leur informer que je risque d’être à leurs côtes lors des prochaines excursions sur avril. Alors que nous avions repris la mer depuis 18h30, la soirée s’écoulait tranquillement.
Le roulis léger, les conversations feutrées, cette impression d’être entre ciel et eau, coupés du monde. Vers 22heures, alors que je termine de diner avec Michel, une annonce du commandant de bord retentit dans les haut-parleurs. Une alerte. Les voix se taisent. Les regards se croisent. Personne ne comprend vraiment ce qu’il se passe. On sent immédiatement que ce n’est pas une annonce ordinaire. Michel interpelle un serveur, discret mais visiblement informé.
— C’est un malade à évacuer en urgence en hélicoptère. Il va atterrir sur la plateforme. Regardez, toutes les portes extérieures sont fermées. En effet, les accès aux ponts sont condamnés. L’atmosphère change. Une tension silencieuse s’installe.
— Et le bateau continue de naviguer ? demande Michel.
— Oui… ils sont habitués.
Habitués. Ce mot résonne étrangement. Habitués à orchestrer une évacuation médicale en pleine mer. Habitués à coordonner un hélicoptère dans la nuit noire, au-dessus de l’océan. Habitués à gérer l’urgence pendant que, quelques ponts plus bas, les passagers tentent de comprendre. Dehors, l’hélicoptère approche. On ne le voit pas encore, mais on devine sa présence dans le ciel, dans cette vibration lointaine qui traverse l’air salin. Le bateau continue d’avancer, immense, stable, presque indifférent. Et moi, je pense à cette personne. À sa cabine peut être semblable à la mienne. A peut-être où le voyage bascule soudain dans l’inattendu. En quelques secondes, le décor change : on n’est plus dans une croisière, mais dans la fragilité humaine. Dans la réalité brute. La mer, elle, continue. Toujours.
28 février 2026 au 2 mars – En mer
Pour cette première journée en mer, on peut dire que j’ai passé une nuit plutôt correcte… eh oui… plus de bruits de chariots, plus de réveils prématurés. Mais cela n’empêche pas qu’au réveil, les pensées reviennent doucement. Depuis le début de cette croisière, je cherche encore mes repères. Tout est beau, tout est impressionnant… et pourtant, intérieurement, je me sens parfois un peu en décalage avec ce que j’avais imaginé. Et je ne suis pas la seule, mon amie montpelliéraine pense la même chose que moi. Heureusement, il y a eu de très belles rencontres. Ces deux couples de Canadiens, si chaleureux, qui ont apporté une vraie bouffée de fraîcheur à mon voyage. Et puis Michel, avec qui je partage beaucoup de moments simples et précieux. L’année dernière, tout m’avait semblé plus immédiat, plus instinctif. Je pensais naturellement retrouver cette même énergie cette année.
Cela n’a rien à voir avec les équipes de MSC qui, à plusieurs reprises, ont été extrêmement attentives pour que je me sente bien notamment avec ce changement de cabine qui m’a beaucoup touchée.
C’est simplement l’atmosphère générale qui est différente de celle que j’avais connue en 2025. Une clientèle plus calme, plus discrète aussi, avec davantage de passagers allemands et français, souvent plus âgés. L’année dernière, l’ambiance était différente, plus spontanée peut-être, avec davantage de voyageurs italiens et canadiens. Ce sont de petits détails… mais qui sur plusieurs mois de voyage vous font ressentir forcément une énergie différente.
Je me suis alors demandé si l’on pouvait réellement revivre un voyage de la même manière une seconde fois. Et pourtant, les paysages restent paradisiaques, les spectacles grandioses, les escales fantastiques, les soirées toujours aussi présentes… mais les émotions évoluent elles aussi. Je comprends peu à peu que cette aventure est différente. Plus profonde peut-être. Plus introspective aussi.
Et puis il y a ce rhume, cette angine, qui ralentissent un peu mon énergie et mes envies depuis quelques jours. Quand le corps fatigue, les émotions prennent parfois plus de place. On réfléchit davantage. On observe autrement. Et finalement, c’est peut-être ça aussi, le véritable voyage : apprendre à accueillir ce que l’on ne s’attendait pas à ressentir.
Oups… déjà 8h15 !
Je file au spa où m’attend un massage balinais un joli cadeau de MSC pour la cabine. Avec ce rhume et cette angine, je ne suis pas encore au meilleur de ma forme… mais je me dis qu’un peu de douceur au milieu de l’océan ne peut que faire du bien. Et puis demain sera peut-être encore plus beau.
Direction le bar du cinquième étage où m’attendent mon Ginger et Michel.
Nous devons réserver une excursion très spéciale pour Sydney : un survol en hélicoptère au-dessus de cette ville mythique. Imaginer l’Opéra vu du ciel, la baie immense, le Harbour Bridge dessiné comme un trait d’encre sur l’eau… Rien que d’y penser, je souris.
Puis déjeuner au buffet… avant une nouvelle sieste. Les antibiotiques me vident de mon énergie. Mais ce soir, dîner de gala. Il faudra tenir. Envie de douceur. Pas de robe trop échancrée, pas d’exubérance inutile. J’opte pour une combinaison scintillante, fluide, qui capte la lumière sans la provoquer. Élégante, confortable, juste ce qu’il faut pour me sentir bien dans ma peau. Petite vidéo dans le couloir pour mes internautes préférés sourire, clin d’œil, un tour sur moi-même puis je rejoins Michel à l’amphithéâtre pour la soirée Opéra : « Arabesque ». Les lumières se tamisent. Le rideau s’ouvre sur un décor aux teintes orientales, jeux d’ombres et de voiles légers. Les voix s’élèvent, puissantes, vibrantes, presque irréelles. Les sopranos suspendent le temps. Les ténors le traversent. Pendant une heure, je ne suis plus sur un bateau. Je flotte ailleurs. L’opéra a ce pouvoir : il vous arrache au réel sans vous demander la permission. À l’entracte, passage obligé par la bijouterie « Effy ». Vitrines illuminées, diamants parfaitement alignés, bagues étincelantes sous les spots trop blancs. Il y a un jeu par tickets pour tenter de gagner un bijou. Michel y croit toujours. Il remplit ses bulletins avec un sérieux attendrissant. Il a gardé cette part d’enfance qui espère encore le miracle. Moi, je souris. Je joue le jeu.
Puis direction l’Eldera pour le dîner de gala. Comme chaque semaine, nous retrouvons notre maître d’hôtel préféré. À peine nous voit-il qu’un large sourire éclaire son visage. Il nous a reconnus. Ce petit rituel me plaît. Être attendue quelque part, même sur un navire de croisière, a quelque chose de rassurant. La salle brille. Argenterie polie, nappes immaculées, verres alignés comme à la parade. Je découvre le menu… et la déception est immédiate.
Michel aussi. Rien à voir avec les dîners de gala de l’année précédente. Moins audacieux, moins raffiné. Moins spectaculaire. Peut-être suis-je devenue exigeante. Nous dînons malgré tout. Les conversations s’étirent. Les rires fusent aux tables voisines italiennes. La soirée est belle… mais je sens la fatigue gagner du terrain. Et comme vous me connaissez un peu maintenant…Pas d’after. Direction ma cabine. Mon refuge. Mon silence. Ma chaleur.
Le lendemain… même scénario. À une différence près : je passe presque toute la journée sur mon autobiographie. J’ai décidé de la reprendre chronologiquement plutôt que par chapitres thématiques. Cela implique de tout revoir depuis le début, afin que chaque fin de chapitre s’emboîte parfaitement avec le début du suivant. Un vrai travail d’architecture. Je m’installe à une table ronde du buffet, choisie stratégiquement pour sa prise électrique. Mes amis canadiens doivent me rejoindre. Quand surgit une petite nana d’à peine un mètre cinquante de MSC qui m’ordonne sèchement de ranger mon ordinateur :
— Ici, c’est un endroit où on mange, pas où on travaille sur un ordinateur.
Le ton est sec. Autoritaire. Je m’exécute. Pas envie de scandale. Mes amis arrivent, accompagnés de Michel, qui me donne les derniers détails pour le tour d’hélicoptère à Sydney.
Je suis légèrement agacée. Non… un peu plus que légèrement. Allez. Direction ma cabine pour une sieste… et quelques pages d’écriture. Au moins, là, je m’y sens bien. Il y fait chaud. C’est mon refuge. Et surtout… personne ne me dira quoi faire. Les antibiotiques me fatiguent énormément. Je tiens debout par volonté plus que par énergie. Mon corps réclame du repos, mais ma tête, elle, ne s’arrête jamais. À peine installée sur mon lit, message de Michel : « Rejoins-moi à l’amphithéâtre ». Il y a un remake de Frank Sinatra. Comment résister ?
Allez hop. Je me relève. Je troque le peignoir contre une robe portefeuille élégante, une coupe qui souligne sans trop en faire. Escarpins. Un peu de gloss. Un regard qui dit : la fatigue attendra. Et je ne suis pas déçue. Les premières notes de My Way résonnent. Puis Strangers in the Night. La voix du chanteur n’imite pas elle incarne. Grave, chaude, enveloppante. L’orchestre swingue. Les cuivres claquent doucement.
On se surprend à battre la mesure du pied. Autour de moi, des couples se balancent légèrement. Des rires étouffés. Des regards complices. Pendant une heure, je ne suis plus fatiguée. Je suis transportée. Cette troupe de chanteurs est exceptionnelle. Je suis aux anges. Après le spectacle, direction le buffet du treizième étage. Et là, surprise : l’Australie est à l’honneur. Heureuse de constater que le chef a vraiment joué le jeu : tourte à la viande bien dorée, poulet parmigiana croustillant, bâtonnets de crabe, salades aux accents exotiques…Les parfums se mélangent, les assiettes se remplissent. Absolument délicieux. Michel me propose une partie de cartes. Je décline. Cette fois, la fatigue reprend ses droits. Même pas la force d’envisager un after. Je souris, je m’éclipse. Et je retourne là où je me sens le mieux : ma cabine.
Pour cette dernière journée en mer, je décide de m’offrir un petit déjeuner anglais.
Œufs au plat bien coulants, bacon croustillant, saucisses, haricots à la sauce tomate… et un grand Nescafé que mon serveur préféré me sort discrètement de son tiroir, comme un trésor réservé. Oups… en revanche, pas d’orange pressée. La machine est toujours en panne. Depuis un mois. Alors ce sera pamplemousse découpé. Un peu moins glamour. Puis, rituel oblige : mon petit Ginger au bar du cinquième. Eh oui… pas de réel changement après quatre jours d’antibiotiques. La fatigue est toujours là. Cette sensation cotonneuse, comme si mon corps avançait dans du sable. Je décide donc de passer voir le médecin du bateau. À l’accueil, on m’annonce que les consultations ne commencent qu’à 17 heures. Je repasserai.
En attendant, je m’installe pour écrire. Toute la matinée. Puis l’après-midi, le soleil est là, mais le vent souffle fort. Je préfère ne pas tenter le diable. Pas question d’attraper pire encore. À 17 heures précises, me voilà chez le médecin. Mais il ne m’apporte pas vraiment de réponse. La moitié des passagers sont malades, m’explique-t-il. C’est viral. Il me conseille simplement de terminer les antibiotiques et de revenir si les symptômes persistent. Rien de plus. Rien de rassurant non plus. Comme pour illustrer ses propos, la voix du commandant de bord retentit peu après dans les haut-parleurs. Un nouvel hélicoptère va se poser pour évacuer un passager. Le troisième depuis le début de la croisière. Silence dans les couloirs. Tout est momentanément bloqué. Les ascenseurs à l’arrêt. Les ponts fermés. Je dois repasser par les couloirs internes pour rejoindre mon coiffeur préféré. Atmosphère étrange. Moins légère que les premiers jours. Puis, une bonne surprise. Message de Michel : « Ce soir, je te propose de me rejoindre au restaurant du bateau, le Butcher’s Cut « Piece du boucher ». Je suis Diamond, et j’ai droit à un invité. Je souris. Même au milieu des virus et des vents contraires…il y a toujours une petite étincelle.
Ce restaurant, occupe désormais l’endroit même où, l’année précédente, nous passions nos plus belles fins de journée. Situé à l’arrière du bateau, c’était une terrasse exceptionnelle ouverte sur le sillage ou le vent, le coucher de soleil, les verres s’entrechoquaient, les éclats de rire. C’était notre repaire. Notre liberté. Notre insouciance. Cette année, la terrasse a disparu. À la place : un restaurant Butcher’s. Nous nous installons, déjà heureux de partager ce moment.
Mais très vite, le ton change. L’hôtesse vérifie les cabines.
— Pour vous, Monsieur, c’est inclus.
— En revanche, pour Madame… comme elle n’est pas votre épouse et qu’elle a sa propre cabine, elle devra régler. Le mot épouse tombe comme une gifle administrative. L’ambiance se tend. Michel s’agace. Moi aussi, intérieurement. Ce n’est pas tant le supplément à payer. C’est le principe. La rigidité.
La froideur. Butcher’s… Je m’attendais à un temple de la viande. Des grillades flamboyantes. Des odeurs puissantes. Quelque chose de franc, de généreux. Mais la carte propose aussi du poisson, des salades, des plats sans véritable identité. Peu affamée, je ne veux pas prendre le menu et je commande une salade de saison et un cheesecake et là… une réponse à laquelle je ne m’attendais pas :
— Non, impossible, vous devez prendre le menu à 58€ qui compose entrée, plat et dessert….
Michel s’engage à payer…alors je commande une salade composée, une burrata et un cheesecake ; Nous ne sommes pas contents mais… Autant la salade fut appréciée mais question burrata…elle n’a que le nom. Aucune onctuosité, aucun caractère. En revanche, le cheesecake est la seule vraie bonne surprise encore que la pâte manque de finesse. Bref, rien d’extraordinaire. Je suis à nouveau déçue. Et soudain, je réalise que je m’étais raconté une autre soirée. Je pensais me redonner du positif avec ce dîner. Finalement, je repars avec un léger goût de déception. Comme si quelque chose s’était déplacé. “Peut-être que ce n’était pas le restaurant qui avait changé. Peut-être que c’était moi.”
03 & 04 mars 2026 – Sidney – Australie
Un message nous informe que le buffet du petit déjeuner ouvrira exceptionnellement à 5 h 30. Sans doute en raison du passage de la sécurité australienne, réputée minutieuse et parfois longue. Tout est parfaitement orchestré par MSC. Nous retirons nos tickets de passage. Je suis « Sierra ». Michel est « Tango ». Peu importe le même horaire nous est attribué.
Cela me laisse le temps de tourner quelques vidéos pour Canal83, tandis que Michel tente de grappiller encore un peu de repos… Ramadan oblige. Finalement, coup de théâtre : appel de la passerelle. Nous pouvons débarquer plus tôt que prévu. Génial. Une fois les contrôles passés, je redécouvre Sydney. Ville magique. Vibrante. Lumineuse. Quel bonheur d’y revenir. Mais cette fois, ce n’est pas le Harbour Bridge que je m’apprête à escalader. Non. Aujourd’hui, je vais survoler la ville. Pour la toute première fois de ma vie, je monte dans un hélicoptère. Et pas n’importe où : au-dessus de Sydney. Je voulais m’offrir cette petite folie avant d’enchaîner les visites plus classiques du lendemain. Une parenthèse aérienne. Un moment suspendu. Pour l’occasion, j’avais même revêtu une veste et une casquette de capitaine, façon commandant de bord. Il ne manquait plus que les commandes. Lorsque les pales commencent à tourner, le bruit envahit l’air, puissant, presque intimidant. Puis vient le décollage. Et soudain… la ville s’éloigne. Nous ne sommes que deux passagers à bord. Deux seulement. Ce privilège rend l’instant presque irréel. Aucun brouhaha. Aucun groupe derrière nous. Juste le pilote, Michel et moi… et Sydney qui s’ouvre sous nos pieds. Les pales accélèrent. La vibration traverse le siège. Le sol s’efface. Mon cœur bat plus vite que l’hélice. L’hélicoptère s’élève au-dessus de la baie et le spectacle commence.
L’iconique Opéra de Sydney apparaît en contrebas, ses voiles blanches captant la lumière comme des coquillages géants posés sur l’eau. Vu du ciel, son audace architecturale est encore plus saisissante. À quelques mètres à peine, le majestueux Harbour Bridge déroule son arche d’acier. Nous le survolons presque à hauteur de pylône. Les voitures ressemblent à des jouets miniatures. Les ferries tracent des lignes blanches sur l’eau bleu profond. La skyline du centre-ville scintille. La Sydney Tower perce le ciel comme une aiguille dorée. Puis le pilote incline légèrement l’appareil vers la côte. Je retiens mon souffle. Les plages apparaissent, infinies. Des croissants de sable blond ourlés d’écume. Les vagues roulent en lignes parfaites, comme dessinées au pinceau.
La mythique Bondi Beach se dévoile dans toute sa splendeur. On distingue les surfeurs, minuscules silhouettes noires, défiant l’océan. Plus loin, les falaises abruptes plongent dans le Pacifique dans un contraste saisissant d’ocre et de bleu. Le vent secoue légèrement l’appareil. Une montée d’adrénaline me traverse. Je ris. Un rire franc. Spontané. Vivant. Pendant trente minutes, Sydney se révèle sous tous ses angles : moderne, sauvage, élégante, indomptable. Tout devient minuscule. Les soucis aussi. Là-haut, je ne suis plus fatiguée. Je ne suis plus sous antibiotiques. Je ne suis plus contrariée par les détails. Je suis libre. Parce que parfois, il suffit de prendre de la hauteur… pour retrouver sa propre légèreté. Lorsque nous atterrissons, mes jambes tremblent légèrement. D’émotion plus que de peur. Tout s’est merveilleusement bien passé. Cette expérience restera gravée dans ma mémoire. Ce n’était pas seulement un survol. C’était un vertige. Un frisson. Une première fois inoubliable. Le vol ayant été avancé, cela me laisse le temps de repasser par le bateau avant de me rendre au dîner que Claire a organisé en haut de la Sydney Tower. Je décide de m’y rendre à pied… seulement 20 minutes de marche… au fil des rues, je perçois l’immensité de tous ces immeubles.
Arrivée devant cette gigantesque tour, après l’avoir admirée du ciel quelques heures plus tôt, me voilà prête à monter à son sommet. Bob et Claire sont là. Mais manque à l’appel Michel, il nous rejoindra plus tard. L’ascenseur file vers le haut à une vitesse vertigineuse. Les chiffres s’enchaînent. Les oreilles se bouchent légèrement. Et puis… les portes s’ouvrent. Le restaurant tourne lentement. Imperceptiblement. On ne s’en rend presque pas compte au début. Et pourtant… le décor change sans cesse.
On ne se retrouve jamais exactement au même endroit. La nuit commence à tomber. Les lumières de Sydney s’allument une à une, comme une constellation urbaine. Là-bas, je reconnais la silhouette blanche de l’Opéra de Sydney. Plus loin, le Harbour Bridge s’illumine, majestueux. La baie scintille. Les ferries deviennent des points lumineux glissant sur l’eau noire. Je me lève. Impossible de rester assise. Je me plaque contre la vitre, debout, presque comme une enfant fascinée.
Les mains posées sur le verre. Je veux tout voir. Tout absorber. Chaque angle. Chaque lumière. La ville tourne autour de moi. Ou peut-être est-ce moi qui tourne avec elle. Le dîner est délicieux mais ce soir-là, ce n’est pas l’assiette qui compte. C’est la sensation. Être suspendue entre ciel et terre. Après avoir survolé Sydney le matin… la contempler de nuit, en mouvement, comme si elle respirait sous mes yeux. Je me surprends à sourire. Décidément, cette journée est placée sous le signe de la hauteur. Et je réalise quelque chose de simple : Il y a des moments où la vie vous élève. Littéralement. C’est le cœur en fête et l’esprit léger que nous rentrons au bateau. Quel calme dans les rues… j’adore l’atmosphère… que ce serait bon d’y vivre….
Enfin de retour sur le bateau. À peine avons-nous posé le pied sur le pont qu’un son puissant traverse l’air du soir. Des cornemuses. Une vibration grave, presque solennelle, qui fend le brouhaha des passagers. Impossible de ne pas s’arrêter. Sur le pont du Magnifica, une troupe écossaise un pipe band joue en formation. Les musiciens portent fièrement leurs kilts aux couleurs tartan, vestes sombres impeccablement ajustées, chaussettes montantes, sporrans ornant la taille. Leurs visages sont concentrés, mais leurs regards brillent. La mélodie monte, ample, vibrante. Un mélange de nostalgie et de fierté. Les percussions marquent le rythme. Les cornemuses répondent. Le son est presque envoûtant, il prend aux tripes. La dernière mélodie est particulièrement émouvante. Elle flotte quelques secondes dans l’air avant de s’éteindre lentement. Puis les applaudissements éclatent. L’ambiance est chaleureuse, presque fraternelle. Les passagers se pressent pour prendre des photos.
Je m’approche à mon tour. Un des musiciens accepte volontiers de poser à mes côtés. Son kilt rouge et vert contraste avec ma tenue. Nous sourions. Et là, il me lance, avec un accent délicieux :
— You ’re Parisian, Aren’t You? Such élégance.
Je ris. Comment a-t-il su ?
Mon port de tête ? Ma façon de me tenir ? Ou simplement cette petite touche de style que les Françaises revendiquent sans même s’en rendre compte ?
Je le remercie. Flattée. Surprise. Décidément, cette journée aura été faite de hauteurs, de musique… et de compliments inattendus.
En cette deuxième belle journée, Sydney s’éveille sous mes yeux.
Le MSC Magnifica n’est plus à quai. Nous avons bougé pendant la nuit. Nous sommes toujours à Sydney, mais désormais l’accès à la ville se fait en chaloupe. Une petite traversée matinale, presque romantique… si ce n’était l’organisation millimétrée d’un débarquement de croisière.
Heureusement, j’ai réservé une excursion MSC. Tout est plus simple, plus fluide. La visite durant cinq heures, je décide de prendre un solide petit déjeuner. Dernier jour d’antibiotiques. Même si je ne suis pas au top, j’ai décidé d’arrêter. Mon corps réclame autre chose que des comprimés. Il réclame de l’air, du mouvement, du soleil.
À 10 h 45, je rejoins Michel à l’amphithéâtre. Direction la découverte de Sydney.
Installée confortablement dans le bus, je regarde la ville défiler avant même qu’elle ne se dévoile pleinement. Notre première étape est The Rocks, le plus ancien quartier de la ville, niché au pied du majestueux Harbour Bridge. Dès les premiers pas, je suis frappée par le contraste saisissant entre les bâtiments victoriens en pierre ocre, témoins du passé colonial, et les lignes audacieuses des tours de verre qui percent le ciel un peu plus loin. Ici, l’histoire et la modernité cohabitent sans se heurter. Sydney est un dialogue permanent entre hier et aujourd’hui. Les ruelles pavées racontent les débuts modestes de la ville, tandis qu’au-dessus de nos têtes, l’arche d’acier du Harbour Bridge rappelle la puissance et l’ambition d’une métropole tournée vers l’avenir. Je respire profondément. Même un peu fatiguée, je me sens vivante. Le tour se poursuit à travers le centre-ville, où s’élève l’un des symboles les plus emblématiques de la ville : la Sydney Tower, le plus haut gratte-ciel de Sydney, qui semble veiller sur la baie.
Nous passons ensuite devant l’élégant Queen Victoria Building, splendide galerie marchande du XIXe siècle, avec sa façade majestueuse et son dôme imposant. Puis direction le vibrant Darling Harbour, animé, vivant, presque électrique. Un arrêt incontournable nous attend à Mrs Macquarie’s Chair. Ce banc en grès, sculpté en 1810 pour l’épouse du gouverneur Macquarie, offre une vue spectaculaire sur la baie. Face à moi, l’eau scintille et le Harbour Bridge dessine sa silhouette iconique. Le panorama est à couper le souffle. Puis vient la visite extérieure du célèbre Opéra de Sydney. Ses voiles blanches semblent prêtes à prendre le large. Je reste quelques instants à contempler cette architecture unique, presque irréelle. Nous poursuivons vers Watsons Bay, l’un des quartiers résidentiels les plus prestigieux de la ville. Maisons élégantes, vues imprenables sur l’océan, atmosphère paisible.
Nous terminons par un arrêt photo à la mythique Bondi Beach, mondialement connue pour sa culture du surf et son énergie décontractée. Le sable doré s’étire à perte de vue, les vagues puissantes viennent se briser sur le rivage et, au loin, les silhouettes des surfeurs dessinent des lignes élégantes sur l’horizon. L’air marin est doux, chargé d’embruns. C’est exactement l’image que l’on se fait de l’Australie : libre, lumineuse, presque irréelle. Pourtant, cette fois-ci, mon regard est différent. Je ne redécouvre pas Bondi comme en 2025. L’événement tragique qui s’y est déroulé en décembre 2025 me revient immédiatement en mémoire. Cet attentat, ces victimes… Impossible de ne pas y penser. La première chose que je demande au guide est simple : « Y a-t-il un monument en mémoire des victimes ? » Oui, me répond-il. C’est donc le premier endroit où je souhaite me rendre. Un moment de silence, de recueillement, face à l’océan. Le contraste est saisissant : la beauté éclatante du lieu et la mémoire de ce qui s’y est passé. Je prends ensuite quelques photos et vidéos de la plage. Malgré tout, Bondi reste magnifique. C’est un endroit qui fait rêver, incontestablement.
Je remonte tranquillement vers le bus et, par chance, je croise un camion de pompiers… avec deux pompiers australiens devant. Impossible de ne pas sourire : ils sont vraiment… canons. Une photo improvisée, ambiance « Girls on Fire », et je rejoins les autres croisiéristes dans le bus. Autre surprise de la journée : le bus nous dépose directement sur le port. Et là, à quai, se trouve un paquebot que je rêve de découvrir un jour : le Queen Mary 2, de la compagnie Cunard. Même vu de l’extérieur, il est impressionnant. Sa silhouette est élégante, presque intemporelle. Il dégage quelque chose de particulier, un mélange de tradition maritime et de raffinement.
À cet instant précis, je me fais une promesse : un jour, je voyagerai à bord d’un navire Cunard. Et pourquoi pas la mythique traversée transatlantique Southampton – New York ? L’idée s’installe doucement dans mon esprit. Un beau projet en perspective. Encore un peu rêveuse, je rejoins le quai où nous attend le bateau Magistic Cruises pour notre croisière fluviale. L’excursion s’était très bien déroulée jusque-là et, comme beaucoup d’autres passagers, je n’y avais trouvé que du positif. Pourtant, nous devons patienter près de 45 minutes sous le soleil avant d’embarquer. L’attente paraît longue. Heureusement, une fois à bord, tout est vite oublié. La balade sur l’eau dure environ 45 minutes… et ce sont 45 minutes de pur bonheur. Découvrir Sydney depuis la baie change complètement la perspective. La ville se révèle autrement : plus aérienne, plus lumineuse, presque cinématographique.
Les gratte-ciels scintillent sous le soleil, les ferries traversent la baie avec élégance et, au loin, les lignes iconiques du Harbour Bridge et de l’Opéra se découpent dans le ciel. Depuis l’eau, Sydney semble flotter entre modernité et nature. Un spectacle simple, mais absolument magique. Et puis, il est temps de regagner le navire. « Sydney ne se visite pas, elle se ressent. ». Moi qui n’ai pas l’habitude de revenir plusieurs fois dans une même ville… eh bien ici, je dois l’avouer : je serais prête à revenir. À peine le temps de courir sur la terrasse du bateau pour filmer le départ. Le navire s’éloigne doucement du port… et là, un petit pincement au cœur. Snif… que d’émotions.
Je redescends ensuite rejoindre mes amis canadiens au restaurant. Je suis vraiment heureuse de les retrouver. Très vite, comme d’habitude, les blagues fusent autour de la table. Au fil de la conversation, Claire évoque un trait de caractère chez moi : selon elle, je suis souvent dans le paraître, notamment avec mes vêtements. Ce qui, je dois bien l’admettre, n’est pas totalement faux.
Mais elle enchaîne avec une anecdote inattendue. « Mon ex-mari était comme ça aussi… toujours dans le paraître. J’ai supporté ça un temps, puis je l’ai quitté. » Elle se met à raconter qu’il avait une passion : rouler en Corvette, et chaque année il en changeait presque. Et soudain, Kenzia, que nous pensions tous très discrète et plutôt prude lâche spontanément : « Chez nous, on dit toujours : qui dit Corvette… dit petite quéquette. ». Pendant une seconde, silence total à la table. Nous nous regardons tous, un peu surpris… avant d’éclater de rire. Et moi, sans réfléchir, j’ajoute : « Donc si je comprends bien… tu as préféré Bob, ton mari actuel, parce qu’il n’a pas de Corvette… mais une grosse Q…… ? » Ambiance immédiatement très animée à table. Les rires repartent de plus belle. Mais la fatigue de nos journées à Sydney commence à se faire sentir. Finalement, nous décidons tous de rentrer tranquillement dans nos cabines plutôt que d’aller assister à la soirée organisée à l’amphithéâtre du bateau. Après une journée aussi riche, le repos était sans doute la meilleure des soirées.
